vendredi 27 janvier 2012

Max Jacob, le poète à l'étoile

Max Jacob (1876-1944)
Né juif, converti à 40 ans, Max Jacob (1876-1944) a été surnommé «  le poète à l’étoile ».
«  Deux gendarmes sont venus enquêter sur mon sujet, ou plutôt au sujet de mon
étoile jaune.
Plusieurs personnes ont eu la charité de me prévenir de cette arrivée soldatesque
et j’ai revêtu les insignes nécessaires " écrit-il dans une lettre alors qu'il s'est réfugié
à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret), où il a longtemps vécu dans les années vingt,
et définitivement à partir de 1936. (1)
C’est là qu’il vit après le décès brutal de sa sœur Julie-Delphine, en avril 1942,
à Quimper, sa ville natale.
Son frère ainé Gaston est déporté à Auschwitz le 16 février 1943 mais Max Jacob
refuse toutes les offres de ses amis qui veulent le faire passer en zone libre, ou lui
procurer de faux papiers.
« Les enfants se moquent
de mon étoile jaune »
Dans son poème «  Amour du prochain », qu'il avait intitulé initialement "L'Etoile jaune des juifs", il écrit :  
«  Qui a vu le crapaud traverser une rue ?
C’est un tout petit homme, une poupée n’est pas plus minuscule. Il se traîne sur
les genoux : il a honte, on dirait…?
Non ! Il est rhumatisant. Une jambe reste en arrière, il la ramène !
Où va-t-il ainsi ? Il sort de l’égout, pauvre clown. Personne n’a remarqué ce crapaud
dans la rue. Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants
se moquent de mon étoile jaune.
Heureux crapaud, tu n’as pas l’étoile jaune. »
Dans une lettre à un ami, il compare l’étoile à une « étiquette » :
«  Je t’ai expliqué qu’il m’est impossible de voyager avec l’étiquette jaune sans me
livrer aux fantaisies inculpatoires de la police (…)
Vous ne le comprenez pas parce que vous ne savez pas de quelle manière la police
se conduit vis-à-vis de nous : les rafles, etc. Et y aller sans étiquette c’est être en faute,
donc en péril. Ici, je vis comme je veux ».
En janvier 1944, sa plus jeune sœur Myrté-Léa sera à son tour déportée à Drancy…
Le 24 février 1944, il assiste à la messe à Saint-Benoît, avant d’être arrêté à son tour,
par la Gestapo en fin de matinée, et il restera quatre jours à la prison d’Orléans.
Envoyé à Drancy le 28 février, il mourra épuisé par une pneumonie à l’infirmerie, dans
la nuit du 5 au 6 mars 1944.
Sous le matricule n°15872, Max Jacob devait faire partie du convoi n°69 pour Auschwitz.
Il sera inhumé dans la fosse commune du cimetière d’Ivry, et sa dépouille sera transférée
à Saint-Benoît en mars 1949.
Il sera déclaré «  Mort pour la France ».

> A LIRE : ses oeuvres complètes éditées chez Quarto 

(1) Maria Green et Christine Van Rogger Andreucci, du Centre de recherches Max Jacob :  Bibliographie des poèmes de Max Jacob parus en revue.
Publications de l'Université de Saint-Étienne, (1992).

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