vendredi 27 janvier 2012

Max Jacob, le poète à l'étoile

Né juif le 12 juillet 1876 à Quimper, converti au catholicisme à 40 ans, Max Jacob a été surnommé «  le poète à l’étoile ».

«  Deux gendarmes sont venus enquêter sur mon sujet, ou plutôt au sujet de mon étoile jaune.
Plusieurs personnes ont eu la charité de me prévenir de cette arrivée soldatesque et j’ai 
revêtu les insignes nécessaires " écrit-il dans une lettre à Michel Manoll le 14 août 1942. 
Il est alors réfugié à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret), où il a longtemps vécu dans les 
années vingt, et définitivement à partir de 1936. (1)
Nous sommes cinq mois après le décès brutal de sa sœur Julie-Delphine, en avril 1942, 
à Quimper.
Son frère ainé Gaston sera déporté à Auschwitz le 16 février 1943... Malgré ce contexte 
Assiette à l'effigie de Max Jacob, faïence Henriot de Quimper
Max Jacob refusera toutes les offres de ses
amis qui veulent le faire passer en zone libre, 
ou lui procurer de faux papiers.

« Les enfants se moquent 
de mon étoile jaune »

Un de ses derniers textes est un poème en
prose «  Amour du prochain » - dédié à son 
ami le poète Jean Rousselot - qu'il avait 
intitulé initialement "L'Etoile jaune des juifs". 
Il écrit :  «  Qui a vu le crapaud traverser une 
rue ?
C’est un tout petit homme, une poupée 
n’est pas plus minuscule. 
Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait…?
Non ! Il est rhumatisant. Une jambe reste en arrière, il la ramène !
Où va-t-il ainsi ? Il sort de l’égout, pauvre clown. Personne n’a remarqué ce crapaud dans
la rue. Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants se moquent 
de mon étoile jaune.
Heureux crapaud, tu n’as pas l’étoile jaune. »
Dans une lettre à un ami, il compare l’étoile à une « étiquette » :
«  Je t’ai expliqué qu’il m’est impossible de voyager avec l’étiquette jaune sans me
livrer aux fantaisies inculpatoires de la police (…)
Vous ne le comprenez pas parce que vous ne savez pas de quelle manière la police
se conduit vis-à-vis de nous : les rafles, etc. Et y aller sans étiquette c’est être en faute,
donc en péril. Ici, je vis comme je veux ».
En janvier 1944, sa plus jeune sœur Myrthé-Léa sera à son tour internée à Drancy 
puis déportée à Auschwitz par le convoi n° 66 du 20 janvier 1944, avant d'être gazée 
cinq jour après son arrivée...

Le 24 février 1944, Max assiste à la messe à Saint-Benoît, avant d’être arrêté à son tour,
par la Gestapo en fin de matinée. Il restera quatre jours à la prison d’Orléans.
Envoyé à Drancy le 28 février, il mourra épuisé par une pneumonie à l’infirmerie, dans
la nuit du 5 au 6 mars 1944.
Sous le matricule n°15872, Max Jacob devait faire partie du convoi n°69 pour Auschwitz.
Il sera inhumé dans la fosse commune du cimetière d’Ivry, et sa dépouille sera transférée
à Saint-Benoît en mars 1949.
Il sera déclaré «  Mort pour la France ».

> A LIRE : Max Jacob sous l'Occupation dans sa correspondance, par Géraldi Leroy, professeur émérite de littérature à l'université d'Orléans.
Oeuvres complètes éditées chez Quarto 

(1) Maria Green et Christine Van Rogger Andreucci, du Centre de recherches Max Jacob :  Bibliographie des poèmes de Max Jacob parus en revue.
Publications de l'Université de Saint-Étienne, (1992).

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