samedi 27 février 2016

L'hommage de l'Académie des César à Nita Raya

Nita Raya est apparue sur l'écran des César (capture d'écran Canal Plus)
Vendredi 26 février, l'Academie des César a rendu hommage aux nombreux disparus de l'année.
L'actrice Nita Raya, décédée le 25 mars 2015 à 99 ans, est apparue en photo.
On peut la voir sur le site de Canal plus, dans l'intégrale de la cérémonie en pointant sur 1 h 25'25".

Merci à Elodie Saura qui, mi-janvier, m'a demandé pour l'Academie, une photo de celle qui fut la compagne de Maurice Chevalier (le roi du music hall la protégea durant la Seconde guerre mondiale).
Ne disposant pas de documents originaux, je l'ai mise en contact avec son petit-fils Grégoire Akcelrod.
Nita Raya, d'origine juive roumaine- était née Raya Jerkovitch.

Danseuse, chanteuse, meneuse de revue, elle participa à de nombreux films de 1934 à 1954 et tourna pour les plus grands cinéastes de l'époque comme Christian-Jaque, Abel Gance, Maurice Gleize, Pierre Colombier, Marcel L'Herbier, Maurice Dekobra.

Cet ultime hommage de la profession répare un oubli de plus de soixante ans !





Pour en savoir plus sur Nita Raya :

mercredi 24 février 2016

Serge Klarsfeld : L'avenir de la mémoire est garanti mais il faut s'engager

Serge Klarsfeld était l'invité du Musée de la Résistance et de la Déportation de Haute-Garonne, le 23 février 2016.
Serge Klarsfeld : " Il faut s'engager "
Militant de la mémoire de la Shoah, Serge Klarsfeld est venu présenter à Toulouse, dans l'hémicycle du conseil départemental, son dernier ouvrage, "Mémoires", co-écrit avec son épouse Beate (Fayard-Flammarion, 2015).
A ses côtés, symboles de la poursuite du travail de mémoire, les jeunes historiens Alexandre Doulut et Sandrine Labeau, pour " 1945, les rescapés Juifs d'Auschwitz témoignent " (Après l'oubli - FFDJF, 2015). Le débat était animé par Hubert Strouk, coordinateur régional du Mémorial de la Shoah et Guillaume Agullo, directeur du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation.
Celui qui, depuis son mariage en 1963 avec Beate Klarsfeld, s'est engagé dans ce combat sans relâche pour ne pas oublier, garde le cap, renforcé dans ses convictions par la progression de l'antisémitisme, du terrorisme et le fondamentalisme islamiste.
"La Shoah continuera d'interpeller nos sociétés occidentales pendant très longtemps" a déclaré l'historien-avocat qui rappela son parcours.
Né en 1935 en Roumanie, celui qui échappa à la Gestapo en 1943, à Nice, a vu son père déporté vers Auschwitz. Sa rencontre avec la fille d'un ancien officier de la Wermacht, a permis d'unir leur destin, pour comprendre et dénoncer ce qui allait devenir la plus grande tragédie du vingtième siècle.
" Nous avons été plongés dans l'exceptionnalité. On peut s'engager et agir sur l'Histoire " a souligné Serge Klarsfeld en rappelant l'épisode de la gifle donnée par Beate, en 1968, au chancelier allemand, ex-nazi, Kurt Kiesinger. Un acte militant fondateur qui a permis de réveiller les consciences, des deux côtés du Rhin et bien au delà.
S'engagea alors une action de longue haleine pour retrouver les anciens criminels nazis et les faire juger. " Notre premier combat a été d'épurer la société allemande. Puis, ce fut Vichy et c'est à Toulouse, en février 1973, que Beate, revenant de Bolivie, sur les traces de Klaus Barbie, rappela le rôle joué en France par René Bousquet, qui a sévi ici." (voir NDLR)
Serge Klarsfeld rappela également les actions menées contre Paul Touvier, seul français condamné pour crimes contre l'humanité en 1994 (grâcié en 1971 par le président Pompidou), et Maurice Papon, ancien secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, devenu ministre, condamné à dix ans de réclusion criminelle en 1998.

Les menaces existent...

De l'association des Fils et Filles de déportés juifs de France, créée en 1979, à la parution des Mémorials de la Shoah en 1978 et 2012, Serge et Beate Klarsfeld n'ont jamais baissé les bras.
Ils poursuivent leur combat, passant le relais à la nouvelle génération.
Serge Klarsfeld a d'ailleurs co-signé le livre "1945, les rescapés Juifs d'Auschwitz témoignent", rappelant qu'il confia ses archives à Alexandre Doulut qui décrypta les auditions faites après guerre par le ministère des Anciens Combattants.
Il salua fraternellement la Toulousaine Marise Crémieux-Hurstel, 88 ans, auteur de " Journal d'une adolescente juive sous Vichy " (Privat, 2016), écrit à l'initiative de sa belle-fille Nicole Zimermann, journaliste. Avec émotion elle lui a remis le manuscrit original de ses carnets de jeunesse qui ira rejoindre le Mémorial de la Shoah à Paris. Une transmission effectuée en présence de Jacques Fredj, qui dirige l'institution.
La parole longtemps enfouie, que la société française ne voulait pas entendre, est désormais protégée...
Pour l'avenir, malgré l'inéluctable disparition des derniers témoins, Serge Klarsfeld reste confiant en dépit du contexte actuel : "il a fallu une bonne trentaine d'années pour se rendre compte du crime commis. Avec les historiens, l'avenir de la mémoire est garanti. Mais devant la montée des extrêmes et l'antisémitisme, l'avenir politique n'est pas garanti. Les menaces existent toujours et c'est pourquoi il faut s'engager" a-t-il conclu.

Thierry Noël-Guitelman

NDLR : L'organisateur de la rafle du Vel d'Hiv, secrétaire général de la police de Vichy, proche de François Mitterrand, réussit à échapper à l'épuration malgré sa comparution devant la Haute Cour de Justice qui l'acquitta. Radié de la fonction publique il fit partie du conseil d'administration du journal régional La Dépêche de 1959 à 1971. En 1991, il est inculpé de crimes contre l'humanité mais il sera assassiné de cinq balles de révolver à son domicile parisien).

Dédicace de Serge Klarsfeld à un rescapé du camp de Dora


Sandrine Labeau
Alexandre Doulut
Mme Crémieux-Hurstel


vendredi 27 novembre 2015

L'étoile de la baronne Girot de Langlade : une erreur historique à corriger


La baronne Girot de Langlade devant son château, à Cuts (Oise) - photo collection particulière E. de Langlade

Dans la nouvelle édition de "Vichy et les Juifs", parue en octobre 2015 chez Calmann-Lévy, les historiens américains Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, reproduisent à nouveau une erreur historique, concernant l'exemption d'étoile jaune de Mme Girot de Langlade, née Stern.

En un peu plus de trente ans, "Vichy et les Juifs" est devenu un incontestable ouvrage de référence, abondamment cité et reproduit.   

Inévitablement, cette "Bible" contient des erreurs qui n'enlèvent rien à sa pertinence générale. Une somme de recherches éclairant d'un jour nouveau le rôle de Vichy dans le processus nazi de la "Solution finale".  

Mais la finalité de la recherche historique ne vise-t-elle pas à lever les incertitudes, à éclaircir les zones d'ombre ?

S'agissant du cas précis de Mme Girot de Langlade, nous allons tenter de démontrer comment une approximation d'historiens est devenue au fil du temps, une véritable erreur historique qui mérite d'être corrigée.


A la page 344 de leur nouvelle livraison, Marrus et Paxton indiquent que le maréchal Pétain " souhaitait des dérogations pour trois femmes : la comtesse d'Aramon, la marquise de Chasseloup-Laubat et sa soeur, Mme Pierre Girot de Langlade ". 
Toutes trois sont des amies du couple Pétain.

La première est la fille du banquier Edgar-Salomon Stern et l'épouse de Bertrand Sauvan d'Aramon. Ce député de Paris vota les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. 
Les deux suivantes sont les filles du banquier Louis Stern.
La référence citée est double : la lettre du 3 juillet 1942 de Bernard Ménétrel, secrétaire particulier de Pétain (Archives Nationales F60 1 485) et l'ouvrage référence "L'Etoile Jaune" de l'historien Léon Poliakov, paru en 1949 et réédité en 1999 (page 62). 
Page 345, les historiens soulignent : " Les Allemands considérèrent avec froideur ces requêtes ainsi que plusieurs autres. Ils accordèrent une poignée d'exemptions provisoires (parmi lesquelles les trois amies de Pétain, Mme de Brinon et la veuve d'Henri Bergson), mais refusèrent en général d'accueillir favorablement de telles demandes ".
En dépit des très nombreux enrichissements apportés à leur nouvelle édition, Marrus et Paxton n'ont rien rajouté au chapitre des exemptions. Les passages concernés de la première édition de "Vichy et les Juifs", parue en 1981, sont reproduits à l'identique.

Ménétrel, dans sa lettre, transmettra effectivement à de Brinon deux demandes précises en faveur des filles du baron Stern.
Il écrit : " Le Maréchal a été heureux de savoir que sa demande avait été prise en considération et il a été sensible à la réponse qui lui a été faite.
Vous voudrez bien, je vous prie, en son nom remercier les Autorités Allemandes de leur compréhension.
Vous pourrez faire savoir que les dérogations ne peuvent être, dans l'esprit du Maréchal, que tout à fait individuelles et qu'elles ne seront dictées que par des considérations d'ordre familial.
Ainsi que vous me l'avez demandé, voici quelques renseignements concernant les deux demandes qui ont été formulées verbalement pour :
1) Mme de Chasseloup-Laubat,
2) Mme de Langlade, née Lucie Stern, soeur de la Marquise de Chasseloup-Laubat.
(...)
Je pense qu'à ces demandes pourrait être jointe celle de Mme la Générale Billotte, dont je vous avais adressé la lettre reçue par le Maréchal, ainsi que copie de la réponse que je lui ai faite " (NDLR : née Catherine Nathan (1883-1965), fille de Ezra Nathan et Rebecca Finkelstein, la générale Billotte n'obtiendra pas d'exemption)


Léon Poliakov, premier historien à avoir travaillé sur le fonds d'archives de la Gestapo - conservé au Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) du Mémorial de la Shoah -, se voulait prudent.
Dans "L'Etoile Jaune", il cite seulement  deux exemptions : la comtesse d'Aramon, la marquise de Chasseloup-Laubat et "un troisième cas que nous n'avons pas pu identifier ". Une inconnue qui perdurera.

En 1979, le journaliste-historien Henri Amouroux, dans " La vie des français sous l'Occupation " (Fayard), pages 382 et 383, confirme ce doute et se limite à nommer deux cas sur trois  : " Avec Mme de Brinon sont également exemptées trois personnes (dont la comtesse d'Aramon et la marquise de Chasseloup-Laubat), en faveur desquelles le maréchal Pétain est intervenu le 12 juin 1942 ".


En 1985, l'historien Maurice Rajsfus dans "La police de Vichy" (Le Cherche Midi), au chapitre de la police française et l'étoile jaune, parle "d'un certain nombre de dérogations au port de l'étoile jaune" et cite (page 109) celle accordée à Mme de Brinon, à la comtesse d'Aramon et à la marquise de Chasseloup-Laubat, en citant les sources documentaires respectives (CDJC-XXVa 174 et 175). 
Mais en 2002, dans son livre "Opération Etoile Jaune" (Le Cherche Midi), Maurice Rajsfus introduit nommément une troisième personne : à la page 74, outre les exemptions accordées à Mme de Brinon, la comtesse d'Aramon, et la marquise de Chasseloup-Laubat, il rajoute Mme Pierre Girot de Langlade, déjà citée en 1981 par Marrus et Paxton.
Sa source mentionne une série de documents du CDJC sur les exemptions, des cotes XXVa-164 à 206.
Le premier document
est la note du 25 août 1942, signée Röthke (l'adjoint de Dannecker, chef à Paris, de la section IV J de la Gestapo), qui fait état de 26 exemptions.
Outre Mme de Brinon, citée en premier, est indiqué sans précision nominative " trois exemptions sollicitées par le maréchal Pétain ".
Le dernier document (CDJC-XXVa-206a) date du 1er juin 1943. A la lettre signée par Hagen, chef d'état major de la SS, adressé à Fernand de Brinon, l'ambassadeur de Vichy à Paris, sont joints les trois certificats de Mme de Brinon, de la marquise de Chasseloup-Laubat et de la comtesse d'Aramon. Des certificats valables jusqu'au 31 août 1943.
Les autres documents concernent diverses exemptions "pour motifs économiques", "des juifs travaillant avec la police anti-juive", le contre-espionnage, et une série de mesures individuelles.
Concernant la veuve de Bergson - qui d'après Marrus et Paxton bénéficia d'une exemption, il s'agissait d'une proposition, restée sans suite, tout comme pour Maurice Goudeket, le mari de l'écrivain Colette. (document CDJC-XLIXa-91b)

Au final, aucun document du fonds de la Gestapo, ne contient l'exemption prévue pour Mme Girot de Langlade. 

Bernard de Langlade :
" les historiens ont
recopié l'erreur "

Transformé en hôpital militaire en 1914, le château de Cuts a été incendié en 1917. Il sera reconstruit en 1926
Le maréchal Pétain connaissait bien la baronne Girot de Langlade, qui l'invitait aux chasses organisées au château de Cuts, dans l'Oise. Un département qui n'avait pas de secret pour Pétain qui y installa son quartier général en 1916 à Noailles, et le Grand Quartier Général à Compiègne d'avril 1917 à mars 1918. Le château, transformé en hôpital militaire en 1914, brûla pendant la guerre, en 1917
Pétain fréquentait aussi le domicile parisien de la famille, 10 rue Léonard-de-Vinci, dans le 16e arrondissement.
Lorsque le 16 mai 1940, Pétain, ambassadeur de France en Espagne, rentre à Paris à la demande du président du conseil Paul Reynaud, il voyage dans le même train que Mme de Langlade, qui se trouvait alors en villégiature à Biarritz.
Courrier de l'Oise du 19 juin 1927
Pétain fut également le témoin de mariage de Yolande de Chasseloup-Laubat, fille de la marquise, mariée le 8 juin 1927 à Fernand de Seroux. (lire ci-contre la coupure de presse)
Lucie Ernesta Henriette Stern, née à Paris le 20 octobre 1882, s'était convertie au catholicisme en 1911, sept ans après son mariage, le 9 avril 1904, avec le baron Pierre Girot de Langlade (1869-1931), dont elle aura un fils, Louis, en 1905.
Présidente de la Croix-Rouge de l'Oise, membre de plusieurs oeuvres sociales, elle monta même un dispensaire.
Mme Girot de Langlade était une habituée des salons de la préfecture, et se croyait à l'abri du danger.
Son petit-fils, Bernard, 77 ans, se souvient très bien de l'avoir vue arborant son étoile : 
" Tout le monde lui avait dit de partir mais elle ne voyait aucune raison de le faire. Le matin de son arrestation, nous avions fait une promenade ensemble. J'avais alors six ans." 
A propos de son exemption d'étoile, il estime que les historiens " n'ont fait que recopier une erreur historique. Elle a aussi été entretenue en 2005, par le roman "Lutétia", de Pierre Assouline. J'ai écrit à Robert Paxton pour lui dire que ma grand-mère n'a jamais bénéficié d'exemption d'étoile. Il s'est déclaré "ennuyé" dans sa réponse, mais l'erreur a été reproduite à nouveau " (NDLR : "Lutétia", p. 266, éditions Gallimard).

L'arrestation 

Le 3 janvier 1944, à l'heure du repas, des allemands se présentent au château de Cuts. 
Bernard de Langlade se souvient : " J'étais avec mes trois frères et ma mère. Quand elle s'est levée, ils lui ont dit : ce n'est pas vous ! Elle les a conduits à ma grand-mère qui habitait à trois cents mètres. On lui demanda de rassembler des affaires ". 
Mme Girot de Langlade monta à bord d'un camion bâché, qui n'était pas gardé. Elle sera dirigée sur Noyon.
" Elle n'avait pas conscience de ce qui se passait et pensait qu'il s'agissait d'une simple vérification d'identité " estime Bernard de Langlade.
Le 4 janvier, elle passa la nuit à Royallieu avant d'être transférée à Drancy, le lendemain.
Le reçu administratif du camp, signé du chef de la police, porte le matricule 10757 et la baronne déposa la somme de 4.025 F.

Girot au lieu de Langlade

Malgré les réclamations de sa famille pendant la quinzaine de jours qui sépareront son arrestation de sa déportation, et des renseignements transmis par une infirmière de la Croix-Rouge, la baronne ne sera pas libérée. 
Aujourd'hui encore, sa famille estime que ce refus est lié à une confusion de nom. 
Enregistrée sous le simple patronyme Langlade, les démarches concernaient une dame...Girot.
Le 20 janvier 1944, elle fera partie du convoi n°66 pour Auschwitz où se trouvait aussi la soeur de Max Jacob, Myrté-Léa, le champion olympique de natation Albert Nakache, sa femme Paule et sa fille Annie, les parents du résistant Raymond Aubrac.

Madame Girot de Langlade périra dans la chambre à gaz le 24 janvier 1944.
Un certificat, établi le 25 juillet 1945, par le bureau des fichiers des déportés politiques stipule bien Madame de Langlade, née Stern, " n'est pas rentrée " de déportation...
Un autre certificat, du Ministère des anciens combattants et victimes de guerre, établi au nom de Madame Girot de Langlade, confirme sa "présomption de décès". 
Soixante et onze ans après les faits, son petit-fils tente une explication à l'arrestation de sa grand-mère : " Sa soeur, la marquise de Chasseloup-Laubat n'a pas été inquiétée. Les allemands ont profité du fait que ma grand-mère était veuve depuis 1931. Elle était plus vulnérable ".  

Thierry Noël-Guitelman

jeudi 5 novembre 2015

"Le Fils de Saul" : la dignité humaine contre la barbarie

Géza Rörig interprète le rôle de Saul Ausländer dans "Le Fils de Saul" du hongrois László Nemes
Allez voir « Le Fils de Saul », du hongrois László Nemes, grand prix du jury à Cannes !
Ce film - qui atomise au passage les partisans du « détail » - oppose la barbarie mortifère à l’humanité d’un père.
Auschwitz, été 1944 : 12.000 Juifs, hommes, femmes et enfants sont assassinés chaque jour...
Saul Ausländer - interprété par Géza Rörig - est membre du Sonderkommando qui participe à l’extermination massive : forcer les déportés à se déshabiller, les pousser vers la « douche » des chambres à gaz, avec la fausse promesse d’un thé chaud et d’un travail, puis une fois gazés, déverser les monceaux de cadavres dans les fours crématoires...
Saul croit reconnaître son fils qui, au sortir de la chambre à gaz respire encore malgré le Zyklon B. Un allemand l’étouffera avec ses mains...
Saul n’aura plus alors qu’une seule idée en tête : lui éviter le four pour l’enterrer dignement avec le kaddish d’un rabbin. Un projet individuel complètement fou alors que le commando prépare une révolte collective.
Nemes ne cherche pas à montrer l’inmontrable crime de la Shoah.
Caméra aimantée au personnage, arrière-plans flous empêchant toute impudeur. L’horreur n’est que suggérée, l’image incomplète renforcée par les sons, les cris des victimes, le tambourinement des mains affolées contre les portes, les vocifèrements nazis. On imagine l’odeur, on assiste à peine à l’horreur...
Le prochain convoi arrive déjà, il faut nettoyer et quand les crématoires saturent, les fosses se remplissent, une balle dans la tête pour accélérer le mouvement.
Saul réussira à cacher son fils avec la complicité du médecin du camp, part à la recherche d’un rabbin, en trouve un qui meurt, croit en trouver un second…
Saul portera le cadavre de son fils mais l’histoire trébuche dans la course vers la liberté. Pas de « happy end » ?
En fait, « Le fils de Saul » magnifie la dignité humaine, une bouée fragile dans l’océan de la mort. Les morts-vivants ont su résister !
Un message universel tellement vrai dans le contexte actuel, qu'il s'agisse du réchauffement climatique ou des fous de DAESH...

mercredi 14 octobre 2015

Marrus et Paxton : Vichy n'a pas épargné les Juifs français

Trente-quatre ans après la publication de "Vichy et les Juifs", les historiens canadien et américain Michael Marrus et Robert Paxton publient aujourd'hui chez Calmann-Lévy, une nouvelle édition de leur célèbre ouvrage.


Cette nouvelle édition bat en brèche l’idée trop répandue que la survie de 75 % des Juifs de France est un résultat heureux, en partie attribuable à Vichy qui aurait sacrifié les Juifs étrangers pour épargner les Juifs français.

Les deux universitaires nord-américains démontrent, documents à l'appui, que "proportionnellement", la déportation des Juifs a été plus importante en France que dans les autres pays occupés, voire qu'en Italie fasciste.
"Sans la participation du régime de Vichy, sans la livraison aux Allemands de 10.000 Juifs étrangers en zone non occupée, sans la participation de la police française aux arrestations, sans l'action des individus (dénonciateurs, acheteurs de biens juifs aryanisés), sans tous ces éléments, le bilan aurait été moins lourd", insiste Robert Paxton dans une interview à l'Agence France Presse.
Le livre dénonce l'idée que Vichy aurait essayé d'épargner les Juifs anciennement établis en France. "S'il est vrai qu'en 1942 (après l'invasion de la zone libre), Vichy a des velléités de reporter un peu le départ de ses citoyens juifs, c'est trop tard et trop peu", dit Robert Paxton.
Critiqués en 1981 pour avoir souligné le soutien d'une grande partie des Français aux lois raciales de Vichy, les deux auteurs ne manquent pas de rendre hommage "aux Français anonymes et admirables" qui ont apporté leur aide aux Juifs persécutés. Le livre leur est dédié.

Une réponse à Zemmour

Cette nouvelle contribution des historiens permet de répondre de manière incontestable à Eric Zemmour. L'éditorialiste-polémiste, tentait d'expliquer dans son livre "Le suicide français", paru en octobre 2014, que Pétain avait sauvé les Juifs français !
Marrus et Paxton rappellent dans leur nouvelle préface que "le bilan final - la perte de 25% de Juifs vivant en France, y compris 15% des citoyens juifs de France, dont de nombreux enfants - est plus lourd qu'il ne l'aurait été sans la participation de l'administration et de certains citoyens français ".
Faut-il rappeler que le statut des juifs, voulu par Pétain excluaient les Juifs des services publics, instaurait des quotas à l’université ; la loi du 22 juillet 1941 décidait l’aryanisation des biens juifs... tous ces textes ne faisaient aucune distinction entre juifs français et juifs étrangers.
Faut-il rappeler que la police française était en première ligne de la rafle du Vel d'Hiv ?
Finalement, Pétain n'aura protégé que quelques Juifs français "amis" en demandant des "exemptions" de l'étoile jaune aux allemands, sans condamner par ailleurs cet insigne infamant.
Le 25 août1942, Heinz Röthke, chef du service juif de la SS, officialisa une unique liste de 26 exemptés

En tête, se trouvait Jeanne-Louise de Brinon, née Franck, épouse de Fernand de Brinon, ambassadeur de Pétain auprès des allemands, et les filles du baron Louis Stern : Marie-Louise de Chasseloup-Laubat et Lucie Girot de Langlade (qui finalement n'obtiendra pas son exemption et sera arrêtée et déportée en janvier 1944).
S'ajoutera la comtesse Suzanne Sauvan d'Aramon, épouse de Bertrand Sauvan d'Aramon, député de Paris qui vota les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940.
Les autres exemptés sont des "rouages économiques" pour faire tourner l'industrie aux mains de l'occupant, et des Juifs au service de la police anti-juive...


dimanche 4 octobre 2015

La famille Klapisch n'a pas porté l'étoile jaune

Le grand-père du cinéaste Eric Klapisch, Salomon Klapisch, dit Solly, et son épouse Blima Lax, n'ont pas porté l'étoile jaune. Ils avaient aussi refusé de se faire recenser comme juifs.
Par contre Joseph et David, les deux frères de Solly, ont été arrêtés et déportés. Seul, David, reviendra de déportation.
Solly, Blima et plusieurs membres de la famille s’étaient réfugiés à Aix-les-Bains, en zone d’occupation italienne, où Solly entra en contact avec un réseau de policiers gaullistes qui fabriquaient des faux papiers.
Le beau-père de Solly, Jakob Lax, industriel en fourrures, refusa de rejoindre la famille.
Arrêté par la police française, interné à Drancy, il sera déporté à Auschwitz et gazé à son arrivée le 16 novembre 1942.
Lorsque les Allemands envahissent la région d’Aix-les-Bains, Solly est prévenu qu’il est sur une liste noire...
La famille part se réfugier à Montbrison (Loire), sous le nom de Clapier, jusqu’à la Libération.
La famille Klapisch, venue de Pologne, est arrivée à Paris en 1913.
En 1919, Mordechai, l'aïeul, avec ses trois fils ainés, Harry, David et Joseph, fonda à Décines, près de Lyon, la société Klapisch et ses fils, spécialisée dans la production et la commercialisation du saumon et du hareng fumé.
En 1921, l’entreprise s’installera à Cachan, en banlieue sud de Paris.
Solly et Blima auront quatre enfants, dont Liliane Klapisch, artiste-peintre, et Robert Klapisch, le père de Cédric.
Brillant physicien, Robert a été directeur de la recherche au CERN, où il dirigea le programme qui aboutira à l’attribution du prix Nobel de physique en 1984.

mardi 22 septembre 2015

L'histoire vraie de Francine Christophe


Le 12 septembre dernier, le photographe Yann Arthus-Bertrand a dévoilé son film "Human". Parmi les témoignages recueillis, on retrouve celui de Francine Christophe, survivante des camps de concentration. Elle raconte son miracle du carré de chocolat au camp de Bergen-Belsen.


Francine Christophe, née le 18 août 1933, a été internée au camp de Drancy avant d'être déportée le 2 mai 1944 avec d’autres femmes et enfants de prisonniers de guerre français, juifs. Ce statut, prévu par les Conventions de Genève, la sauvera.
Elle n'ira pas à Auschwitz mais au Camp de l’Etoile, dans le camp de Bergen-Belsen.
Évacuée du camp en avril 1945, elle sera libérée par les troupes britanniques.