lundi 30 janvier 2012

Il y a 25 ans... Serge Gainsbourg s'en est allé

Serge Gainsbourg, provocateur...
« Je suis né sous une bonne étoile jaune », dira Serge Gainsbourg pour évoquer, non sans humour, sa jeunesse : il avait 12 ans en 1940.
Lucien Ginzburg - son vrai nom à l’état-civil - porta l’étoile jaune de 1941 à 1943, jusqu’à ce qu’il rejoigne le Limousin, en zone 
« libre », en janvier 1944. 
Avec ses parents et ses sœurs, sa cadette Jacqueline, et sa jumelle Liliane, ils seront cachées dans une institution religieuse catholique.
Toute la famille a de faux papiers sous le nom de Guimbard, et
« Lulu » sera inscrit dans un collège jésuite à Saint-Léonard-de-Noblat où il devra apprendre le latin.
Pour échapper aux rafles, il lui faudra se cacher dans les bois après une descente de la Gestapo, un soir. Il y passera toute une nuit, la peur au ventre. Il confiera avoir vécu, par la suite, comme un " rescapé " de cette époque.
En 1975, pour son album " Rock Around the Bunker " il composa cette chanson, 
" The Yellow star " :
" J'ai gagné la yellow star,
Et sur cette yellow star,
Inscrit sur fond jaune vif,
Y'a un curieux hieroglyphe
Sur cette yellow star, yellow star,
J'ai gagné la yellow star,
Et sur cette yellow star,
Y'a peut etre marqué sheriff ou marshall ou big chief
Sur cette yellow star, yellow star,
J'ai gagné la yellow star,
Je porte la yellow star,
Difficile pour un juif,
La loi du struggle for life,
Quand il y a la yellow star, yellow star "

> Dans une interview du 3 septembre 1975, Serge Gainsbourg se confie sur son passé : " J'avais une étoile de shérif sur le coeur ". Un document rare, archivé par l'ina.
Durée : 3 mn 46'
> Lire aussi l'article paru en 2008 dans " The Jewish daily Forward "
" L'avenir " est une véritable institution de la vie juive américaine. La première édition quotidienne de ce journal en yiddish remonte au 22 avril 1897.
> Un autre article paru en 2010 dans " TheJC.com", le site internet de " The Jewish Chronicle ", édité à Londres depuis 1841.
> A lire : la chanson "Le Sable et le soldat" (1967).
> La biographie de Gainsbourg sur Wikipédia.

dimanche 29 janvier 2012

L'étoile jaune dans d'autres pays que la France

Le brassard polonais

Dans d’autres pays que la France, on porta aussi l’étoile jaune...

 Le mot « Juif » devient  "Jude" en Allemagne, "Jood " aux Pays-Bas, « J » en Belgique, « HZ » en Slovaquie.

POLOGNE.- Le « marquage » des Juifs voulu par les nazis commença par la Pologne.
A partir du 1er décembre 1939, les juifs de plus de 12 ans devaient porter un brassard blanc, large de 10 cm, au bras droit avec, au centre, une étoile de David bleue. Le décret est signé à Cracovie, le 23 novembre 1939 par Frank, Gouverneur Général pour les territoires polonais occupés. Dans les autres parties de la Pologne, annexées par l'Allemagne, il fallait deux étoiles " à porter cousues sur le vêtement, du côté gauche sur la poitrine, et du côté droit sur le dos ".
Visionner ce rare film en couleurs de 1939, tourné à Cracovie.

CROATIE.- L'étoile jaune est portée dès le 22 mai 1941, les Oustachis décrètent que les Juifs devaient porter l’étoile jaune. Il s’agissait d’un brassard jaune, avec une étoile noire au centre.

ROUMANIE.- A partir du 3 septembre 1941, le port de l'étoile sera étendu à l'ensemble du pays : une étoile noire sur fond blanc. Le 6, Filderman et le grand rabbin Safran adjuraient le patriarche de l’église orthodoxe Nicodème d’intervenir pour empêcher la profanation de l’étoile de David. Le 8, le président du conseil Antonesci accepte et le 10, le préfet de police de Bucarest informe le président de la communauté de rite espagnol que ses membres ne porteraient plus aucun signe distinctif.
Le 26 février 1943, une ordonnance du gouverneur militaire de Bucovine, Corneliu Calotescu imposa l’étoile dans sa juridiction, sauf aux convertis, aux femmes juives mariées à des chrétiens, ou ayant des enfants issus d’un mariage avec un chrétien.

Dans l'armée, le grade des juifs est représenté par des étoiles jaunes, le port des feuilles de chêne sur la casquette leur étant interdit. (1)

ALLEMAGNE.- Un décret du 19 novembre 1941 oblige tous les Juifs allemands habitant sur le territoire du IIIe Reich à porter sur le côté gauche de la poitrine une large étoile jaune avec le mot "Jude".

BELGIQUE.- Le port de l’étoile, marquée d’un « J », est imposé par l’ordonnance du 1er juin 1942. Le 5 juin, les bourgmestres de l’agglomération de Bruxelles, présidés par  Coelst, écriront au conseiller supérieur de l'administration militaire des autorités d’occupation : «  Vous ne pouvez exiger de nous une collaboration à son exécution. Un grand nombre de juifs sont belges, et nous ne pouvons nous résoudre à nous associer à une prescription qui porte atteinte aussi directement à la dignité de tout homme quel qu’il soit " d'autant plus qu'elle implique " l'interdiction de porter les insignes des ordres nationaux "». (2)
A Liège, le bourgmestre Bologne écrira le 9 juin 1942 au chef militaire Busch :
« Il me revient de source sûre qu’à Bruxelles, la Kommandantur se charge de la distribution de ces insignes… J’aime à croire que vous voudrez bien prendre la même mesure à Liège, car, il nous serait pénible de devoir nous-mêmes procéder à la remise des dits insignes ». (3)
Quelque 780 membres de la communauté juive de Liège seront déportés.
En 2010, le bourgmestre De Meyer annonça que Liège présentait ses excuses pour la contribution de son administration et de son personnel dans les déportations. Anvers et Molenbeek avaient fait de même en 2007 et 2005.
Dans un courrier du 24 août 1942, l'association des Juifs de Belgique (AJB) écrira à la reine Elisabeth de Belgique en faveur de "Monsieur Samuel", dit Charles Krivine, vice-président de l'AJB pour obtenir "une mesure exceptionnelle" afin qu'il soit exempté du port de l'étoile avec sa femme Sophie et sa nièce Frajda. (4)

TCHEQUIE.- En Tchéquie (dans le ghetto juif de Terezin en Bohême centrale, à 60 km de Prague), des maillots de football étaient frappés de l'étoile jaune.

Dans le ghetto de Budapest en Hongrie
(Photo Magyar Nemzeti Muzeum Torteneti Fenykeptar)
HONGRIE.- En Hongrie, sur ordre d'Eichmann, entre fin mars et fin avril 1944, les Juifs se voient obligés de porter l'étoile jaune. Lire ICI la Shoah en Hongrie.

BULGARIE.- En Bulgarie, le métropolite Stéphane prendra la défense des juifs le 27 septembre 1942 après de nouvelles mesures anti-juives. Le ministre de l’Intérieur acceptera de recevoir une délégation juive venue lui apporter une pétition. Le ministre de la Justice exigera que le port de l’étoile ne soit plus obligatoire et qu’on mette fin à toutes les expulsions. 
En mars 1943, un rapport indique que le gouvernement suspend l’obligation de porter l’étoile pour les juifs italiens, mais elle sera rétablie plus tard. (5)

DANEMARK.- Au Danemark, le roi Christian X, contrairement à une légende solide, n’a pas porté l’étoile ou menacé de la porter si elle était imposée.

La Constitution de 1848 garantissait les libertés religieuses et Renthe Fink, le représentant du Reich à Copenhague, tenta en vain d’obtenir des mesures antisémites du gouvernement danois, après l’invasion d’avril 1940. 

Le gouvernement menaça de démissionner en cas de mesures antisémites et se trouva relayé par des manifestations anti-nazies avec port de badges rouge et blanc d'hommage au roi, et d'étoile jaune rebaptisée "Pour le Sémite", en référence à la médaille allemande "Pour le mérite".
La rafle, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943, sera un échec, la communauté juive ayant été prévenue : 472 juifs seront arrêtés et la Suède accueillera 6.800 personnes. (6)

HOLLANDE.- En Hollande, les femmes juives de plus de 45 ans sont exemptées d’étoile lorsqu’elles vivent en mariage mixte. Même disposition pour les juifs et juives vivant en mariage mixte et qui se sont faites stériliser. Des médecins s’opposeront à ces stérilisations. (7)

ILES ANGLO-NORMANDES.- Dans les Iles anglo-normandes, la 8e ordonnance sera enregistrée le 30 juin 1942 par le tribunal royal de Guernesey mais, sur l’intervention du gouverneur et du procureur général, elle ne sera pas enregistrée à Jersey par le bailli Alexander Coutanche (premier citoyen, chef du législatif et du judiciaire).

Passant outre, Wilhelm Casper adressera au haut commandement SS à Paris, la liste des juifs des deux îles. Il demandera si les juifs anglais, comme ceux d’autres nationalités, devaient porter l’étoile, avec la mention « Jew ». (8)


MONACO.- Le prince Louis II signe tardivement une ordonnance imposant un Statut des Juifs le 28 février 1942 mais ils ne porteront pas l'étoile jaune. 
Lire l'article complet de Monaco Hebdo et ICI.
Le 27 août 2015, le prince Albert II a officiellement demandé pardon pour l’intervention de la Police monégasque pendant la rafle de la nuit du 27 au 28 août 1942, faite en l’absence du Prince Louis II et du Ministre d’Etat.
Le prince a dévoilé une stèle au cimetière de Monaco qui comprend les noms des 90 Juifs monégasques ou résidents, dont 66 furent raflés. Seul neuf d’entre eux ont survécu.
Serge Klarsfeld, qui est à l'origine de ce travail de mémoire de la Principauté, est revenu sur les circonstances de ces arrestations dans une interview à "Actualité Juive" du 3 septembre :
" C’est le ministre d’Etat par intérim - un vichyste - qui, sans demander l’autorisation, a accédé aux demandes du gouvernement Pétain. La police monégasque a alors arrêté 65 juifs, des non-résidents. Elle a ciblé les juifs considérés comme apatrides et ceux des nationalités déportables. Certains venaient se réfugier quelques jours à Monaco, le temps que l’orage passe… 44 d’entre eux ont été arrêtés, mais pas les enfants. Ensuite, sous l’occupation italienne, les Italiens ne touchaient pas aux juifs ! Sous l’occupation allemande, cela a changé. Au total, 76 juifs ont été arrêtés à Monaco et une quinzaine juste en dehors. Le Prince a tenu à ce que les noms de ces derniers soient indiqués sur le monument aux victimes de déportation. "

GRECE.- A Salonique, l'étoile jaune sera imposée aux juifs par l'ordonnance du 6 février 1943. Signée par le SS Dieter Wisleceny, elle rappelle que la communauté juive de Salonique a l'obligation de porter l'étoile, dès l'âge de 5 ans.
L'étoile porte un numéro. Les enfants issus de mariages mixtes et les personnes converties ne sont pas dispensées du port de l'étoile. Lire ici

ALGERIE.- Le décret Crémieux qui donna la nationalité française aux Juifs d'Afrique du Nord est abrogé le 7 octobre 1940  par Marcel Peyrouton, ministre de l'Intérieur de Vichy et ancien secrétaire général du Gouvernement général à Alger. Les Juifs d'Algérie se retrouvent dans une situation d'infériorité légale par rapport aux Musulmans, qui peuvent toujours demander la naturalisation à titre individuel.
Le débarquement des forces alliées le 8 novembre 1942, dispensera les Juifs de porter l'étoile. 

MAROC.- Le pays n'ayant pas été occupé par les allemands, le port de l'étoile ne s'est pas posé mais le sultan Ben Youssef, futur Mohammed V (1909-1961), signa un dahir le 31 octobre 1940, instaurant le numerus clausus dans les professions libérales et l’enseignement
A partir du 1er janvier 1941, il se réserva le droit de contrôler l’application de ces mesures imposées par le résident général, le général Noguès. 
Pour la fête du trône de 1941, le sultan invita tous les rabbins du Maroc, la communauté juive représentant alors près de 300.000 personnes.
L'historien Georges Bensoussan démonte ICI l'attitude du sultan marocain, qui n'a jamais vraiment protégé la communauté juive marocaine. Il rappelle que le port de l’étoile jaune est une mesure allemande qui n’a jamais été appliquée en zone libre, notamment le Maroc et l’Algérie.
En 2005, Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc, rappelait que « les avocats juifs étudiaient les dossiers dans leur bureau avant de confier la plaidoirie à leurs associés musulmans ».
En France, Marocains et Tunisiens ont été dispensés d’étoile : 
Kurt Schendel, du service de liaison de l’UGIF, au printemps 1944, précise qu' « Il n’y a pas d’ordonnance allemande stipulant que les Marocains et les Tunisiens sont exclus du port de l’étoile, mais l’ordonnance du 28 mai 1942 qui spécifie les nationalités devant porter l’étoile est restrictive. Dans ces conditions, les Marocains et Tunisiens, protégés français, ne perdant pas leur nationalité marocaine et tunisienne, ne sont pas astreints au port de l’étoile ». (9)

TUNISIE.- Les Allemands, refoulés d’Egypte après El Alamein et Tobrouk, arriveront à Tunis le 9 novembre 1942, et le pays sera le seul d’Afrique du Nord à avoir été occupé jusqu’à la retraite allemande de mai 1943. 
Les lois de Vichy s’appliqueront mais le gouvernement italien s’opposera aux textes antisémites contre ses 5000 ressortissants, dont de nombreuses familles aisées, appelées les « Livournais » ou « Grana ». (10)
L’étoile ne sera pas imposée pour ne pas choquer les nombreux étrangers résidant à Tunis (11) mais, le 9 décembre 1942, après une prise d’otage d’une centaine de notables juifs, 2000 hommes sont arrêtés. Ils devaient porter sur le dos et la poitrine une étoile jaune et apparente «  pour permettre de les reconnaître même de loin et de tirer dessus en cas d’évasion ». (12)

En février et mars 1943 à Djerba, des saisies d’or et d’argent se feront sous la menace dans les banques de Gabès. Le commandant Werner Best exigea que tous les juifs des deux sexes de plus de six ans portent l’étoile. 
Le colonel Walter Rauff, concepteur des chambres à gaz mobiles, demanda officiellement le 17 mars 1943 au préfet de police, d'astreindre les Juifs au port de l'étoile mais, après la libération par les Alliés le 7 mai, les dispositions prises seront abrogées. (13)
" Cette requête suscita beaucoup d'embarras à la Résidence (ndlr : du résident-général, l'amiral Estéva) qui, entre autres considérations, n'apprécia guère que seuls les Juifs de nationalité française et tunisienne, à l'exclusion des Juifs italiens fussent obligés de porter un signe distinctif " souligne Michel Abitbol dans " Les Juifs d'Afrique du Nord sous Vichy " (Maisonneuve & Larose, 1983) p. 144. (CDJC : CCCLXXXVIII-26). " Son Altesse - estima le Conseiller juridique au gouvernement tunisien - ne manquerait d'y voir, quant à ses sujets, une mesure prise contre leur nationalité plutôt que contre leur race ".
Un décret beylical du 12 mars 1942, portant Statut des Juifs, stipulait dans son article premier :
" Sur tout le territoire de la Régence, toutes les personnes de l'un ou l'autre sexe considérées comme Juives au sens de l'article 2 du décret du 12 mars 1942, devront à partir de l'âge de 18 ans, porter obligatoirement un insigne de couleur jaune, représentant une étoile à six branches. Cet insigne sera confectionné en tissu de couleur jaune citron et devra avoir un diamètre de cinq centimètres. Il devra être solidement cousu, par toutes ses branches, à la manière des écussons sur le vêtement, dans la partie gauche de la poitrine et être parfaitement visible ". (Ibid p. 145)
Michel Abitbol rappelle qu'un délai minimal de deux semaines devait être laissé aux intéressés pour confectionner les insignes mais " les Allemands avaient des soucis autrement plus urgents que celui de veiller au port de l'étoile jaune : la " ligne Mareth " venait d'être défoncée par les Alliés qui du 20 mars au 14 avril repoussèrent les forces de l'Axe de Sfax, Sousse et d'Enfidaville ".
Il donne aussi une autre explication à l'oubli allemand d'imposer l'étoile, avancée par Eugène Boretz dans " Tunis sous la croix gammée " (Alger, 1944) p.37 : " cette omission serait due au désir des SS de ne pas choquer les très nombreux étrangers résidant à Tunis ".
Moncef, Bey de Tunis, n'aura aucune attitude hostile envers les Juifs Tunisiens. 
Il refusa de collaborer avant d'être exilé : " Son Altesse ne manquerait pas d'y voir, quant à ses sujets, une mesure prise contre leur nationalité plutôt que contre leur race ", estima le conseiller juridique du gouvernement tunisien dans un courrier au résident général de France, l'amiral Estiva, le 20 mars 1943. (14)

MARTINIQUE.- L'amiral Georges Robert appliqua les lois antisémites de Vichy jusqu'au 16 juillet 1943. En août 1941, l'île comptait 55 personnes recensées comme juives (dont 24 enfants). Mme Sarah Lazareff, épouse du fondateur de la distillerie Clément, se présenta d'elle-même aux autorités et aurait demandé, par solidarité avec les autres juifs, à être enregistrée et à porter l'étoile jaune mais, souligne William Miles, rien n'indique que l'étoile fut portée à la Martinique. (15)

GUADELOUPE.- Le gouverneur Constant Sorin, était un "protégé" de Georges Mandel qui l'avait nommé à ce poste en avril 1940. Il se rallia à Vichy en juillet.  Son épouse était juive et en novembre 1943, il demanda un congé au gouvernement. En 1945, dans l'état-major du général Leclerc, il participa au débarquement en Indochine. (16)

A Prague, entre septembre 1941
et décembre 1944.
(Photo Czechoslovak News Agency)
(1) CDJC-CDXLIV-10 Lettre du 8 janvier 1944 de l’attaché militaire auprès de la légation allemande à Bucarest à l’état-major de l’armée.
(2) CDJC-CDLXIII-117 Lettre du 2 juin 1942 et CDJC-CDLXIII-160
(3) Thierry Rozenblum : «  Une cité si ardente – l’administration communale de Liège et la persécution des juifs 1940-1942 » (Revue d’Histoire de la Shoah n° 179 – 203 – p. 9 à 49.

(4) CDJC-CDLXIII-119 Lettre du 24 août 1942 destinée à la reine Elisabeth demandant la dispense du port de l'étoile jaune pour la famille Krivine.
(5) CDJC-XXVa-290 Lettre du 20 avril 1943 du Dr Gossmann, de l’ambassade d’Allemagne à Paris, accompagnée d’un rapport du 12 mars 1943.
(6) Raul Hilberg : " La destruction des juifs d'Europe " (Gallimard, 1991).
(7) CDJC-CDXLIV-3 Ensemble de documents du 14 juillet au 28 août 1943.
(8) Frederick E.Cohen : « Les juifs dans les îles de Jersey, Guernesey et Sercq sous l’occupation allemande 1940-1945 » - Revue d’Histoire de la Shoah n°168 – 2000 – p.57 à 106.
(9) CDJC-CDXXIV-6 Notes de Kurt Schendel.
(10) CDJC-XXVa-250 Note du 11 septembre 1942. Hagen demande à Oberg de vérifier si les autorités françaises ont été sous la pression des autorités allemandes pour résoudre la question juive à Tunis.
(11) Eugène Boretz, «  Tunis sous la Croix Gammée », p.37.
(12) Michel Abitbol : «  Les juifs d’Afrique du Nord sous Vichy » (Riveneuve, 1998) p.186

(13) CDJC-CCCLXXXVIII-18 et 19 Témoignages visés par le tribunal militaire permanent de Tunis et restitution des amendes imposées aux collectivités juives.
(14) CDJC-CCCLXXXVIII-26 
(15) William Miles : La créolité et les juifs de la Martinique (Revue du Centre de recherche sur les pouvoirs locaux dans la Caraïbe (L'Harmattan, 2010) 
(16) Jacques Cantier, Eric Jennings : L'Empire colonial sous Vichy (Odile Jacob, 2004) et Eric Jennings : Vichy sous les tropiques (Grasset, 2004)





samedi 28 janvier 2012

Prendre le risque de ne pas porter l’étoile…

La Section d’Enquête et de Contrôle (SEC), police parallèle du Commissariat général 
aux Questions juives, assura la répression des infractions aux lois et ordonnances 
antijuives, à partir du 13 août 1942.

Laurent Joly, dans « Vichy dans la Solution Finale » (Grasset 2006),
rappelle la terrible activité de la SEC, qui s’ajoutait aux arrestations de la 
police et de la gendarmerie : entre 850 et 900 personnes ont été arrêtées 
par la SEC entre l’automne 1942 et l’été 1944, et parmi elles, environ 650 
ont été déportées.
D’après les registres de la SEC, tenus entre le 15 juin 1943 et le 14 juillet
1944, sur 568 personnes arrêtées, 283 l’ont été pour infractions aux 
ordonnances allemandes, soit 50,7 % (port de l’étoile et interdiction de
fréquenter les magasins sauf de 15 à 16 heures).

Laurent Joly donne maints exemples du zèle des inspecteurs.
Ils appliquent littéralement les dispositions de la 8e ordonnance allemande 
qui précise que l’étoile «  doit être visible et solidement fixée » :

- Le 8 décembre 1942, l’inspecteur Douillet qui compte parmi les plus zélés, 
interpelle dans le métro Albert Morhaim
Ce garçon de 18 ans ne porte par d’étoile. Amené au siège de la SEC, il sera
brutalisé. Quelques heures plus tard, Douillet et un autre inspecteur se 
rendent chez les parents du garçon, à Champigny-sur-Marne. Ils sont 
arrêtés avec deux autres enfants, Roger et Rachel. Les cinq membres de 
cette famille seront déportés le 11 décembre 1943 dans le convoi n° 47. 
Aucun n’a survécu. ( p. 622-643)

- Le 25 mars 1943, à 18 heures, rue de Turenne, «  les inspecteurs 
Barbat et Meynadier ont interpellé la juive Meliliat
dont l’étoile n’était pas apparente.
L’insigne juif était en effet sous le bras fixé avec des épingles ». 
Raccompagnée chez ses parents, le père de la jeune femme voulut «  arranger les affaires » en offrant de l’argent aux 
inspecteurs. (AN, AJ38 206).
Jack Lakes sera déporté le 23 juin 1943 avec sa femme. Leur fille échappa à la déportation.
- Le 27 septembre 1943, sur le marché de Saint-Denis, l’inspecteur Fournier interpelle Berthe Moïse, qui ne portait 
pas l’étoile et venait de lui être désignée par un indicateur. 
Elle est déportée le 7 octobre 1943.
- Le 15 mars 1943 à 8 h 30, Chil Kelerman est arrêté  : au moment où, interpellé, il «  changea de main une serviette 
en cuir qu’il portait sous son bras et qui dissimulait son étoile ». 
Il est déporté le 25 mars 1943. (AN, AJ38 205). 
- Le 12 janvier 1944, à 17 h 30, rue des Poissonniers, l’inspecteur Fournier «  a remarqué une femme présentant 
toutes les caractéristiques de la race juive, qui se livrait à différentes emplettes (…) en dehors des heures prescrites 
et dissimulait son étoile sous une pèlerine de lainage » (AN, AJ38 215). L’intéressée, Rebecca Goldberg, née en 1888 
en Russie, est déportée une semaine plus tard dans le convoi n° 66.
- Le 24 mars 1944, Léa Beer est arrêtée « sous prétexte que le voile de deuil qu’elle portait cachait son étoile ».
Elle sera déportée début mai 1944. (AN, Z6 830/19179).

Un livre publié en 1989
Louise Jacobson, une lycéenne de 17 ans, sera aussi dénoncée pour ne pas 
avoir porté l'étoile. Celle que l'on surnomme la " Anne Franck française " sera 
arrêtée chez elle, rue des Boulets, dans le XIe, par la police française.
Incarcérée à Fresnes le 1er septembre 1942... Drancy, Beaune-la-Rolande, elle 
sera déportée par le convoi n° 48 du 13 février 1943 et mourra gazée à son 
arrivée à Auschwitz.
Sa mère, Olga, emprisonnée à la Petite Roquette, partira par le convoi n° 62.
Louise a laissé six mois de lettres émouvantes écrites pendant sa captivité, que 
sa soeur publiera en 1989, adaptées au théâtre sous le titre " Les lettres 
de Louise Jacobson ". (1)

Elisabeth de Fontenay, philosophe, maître de conférences 
à la Sorbonne, rappelle que toute la famille de sa mère 
(née Hornstein) est morte à Auschwitz : " la mère de ma 
mère, la soeur de ma mère et son mari, ainsi que leurs deux 
enfants qui avaient le même âge que moi et mon frère. 
Micheline et Daniel Feinstein, 11 ans et 9 ans. 
Nous passions nos vacances ensemble, on jouait aux 
gendarmes et aux voleurs. 
Ils ont été déportés en mars 1944. 
Dénoncés, probablement par des voisins. Aucun d'entre eux 
n'avait jamais porté l'étoile jaune « . 

SOLIDARITE...

Liliane Lelaidier-Marton, du Blanc-Mesnil, témoigne :
" J'avais douze ans le 29 mai 1942 lorsque le port de l'étoile jaune solidement cousue 
pour les adultes et les enfants de plus de six ans a été rendu obligatoire (...) 
Me voilà donc, le premier dimanche de ce mois de juin, l'étoile jaune brodée par ma mère sur un 
boléro jaune. Elle avait trouvé ce moyen pour que ce signe m'expose moins au regard 
des autres.

Ce jour là, Max Barbet, le directeur du cinéma Le Rex, sur la route des Petits ponts à 
Drancy, a fait rentrer gratuitement tous ceux qui portaient cette tache couleur soleil.
Il était juif lui-même, disait-on, mais il ne portait pas l'étoile (…)
Nous étions deux à porter cette fichue étoile dans notre classe à l'école primaire.
Mlle Sassin, notre institutrice, nous a éloignées sous un prétexte quelconque pour 
prévenir nos camarades que celles qui oseraient nous insulter ou nous brimer 
seraient renvoyées, avec l'accord de la directrice.
Quel cran chez cette femme, quel courage aussi. D'autant que son fiancé était 
prisonnier de guerre en Allemagne d'où il tentait de s'évader. " (2)

Ces actions de rejet de l’étoile intervenaient malgré la campagne des dirigeants de l'UGIF, incitant les Juifs
 à " porter l’insigne dignement et ostensiblement ".
" Ceux qui préconisent (cas rares) de ne pas se présenter ou de ne pas mettre l’insigne 
sont blâmés comme froussards " relève Jacques Biélinky. (3)

L’INSTINCT DE SURVIE…

Robert Burac, enfant caché, devenu professeur de linguistique française à l'université
de Tours, éditeur de Péguy dans la Pleïade, décédé en 2006, témoigne sur cette résistance forgée dans l’instinct de 
survie : " Ainsi que la plupart des émigrés juifs de l’Est, mes grands-parents et mes parents très pauvres, 
mais honnêtes, observaient à peine les fêtes religieuses traditionnelles. Ils rêvaient d’être assimilés.
Et lorsque les premières mesures antijuives sont tombées, ils ont refusé de porter l’étoile jaune discriminatoire. 
Craignant des représailles, mon père a pourtant répondu à la convocation de la police française, qui l’a interné, en tant que 
Juif étranger, au camp de Beaune-la-Rolande le 14 mai 1941. 
Il s’est fait porter malade, s’est enfui de l’hôpital où il avait été transféré le 26 janvier 1942. 
Il s’est réfugié alors dans la famille, puis chez lui, et s’est enfin caché dans divers 
appartements de location jusqu’à l’armistice. Deux de ses frères et une de ses
soeurs ont eu moins de chance que lui et ont péri en déportation.
Subsister à Paris pendant l’occupation allemande était, pour les Juifs pauvres, 
un exploit de chaque jour. 
Ils souffraient du froid, de malnutrition. Il leur était interdit de faire la queue pour acquérir les 
moyens de leur subsistance. C’est précisément pour avoir voulu acheter quelques menus
gâteaux pour la Pâque, que ma grand-mère, repérée par un milicien, a été arrêtée 
puis envoyée, avec mon grand-père, le 7 avril 1944, au camp de Drancy, d’où ils sont
partis pour Birkenau-Auschwitz, le 30 juin, par le dernier convoi de déportés.
Elle a été gazée dès son arrivée. Lui, n'est revenu qu'en mai 1945 ". (4) 

ANTISEMITISME...

L’absence d’étoile suscitait aussi des réactions antisémites consignées dans les rapports des indicateurs de police.
A Biarritz, début juillet 1942, ils relèvent " qu’on se demande pourquoi les Juifs riches de 
Paris ne portent pas l’étoile jaune... On ne devrait pas permettre ces exceptions. 
Cherchons si les juifs sont encore riches, autrement les Français penseront que 
les Allemands se vendent aux riches juifs. "
Et ils donnent des exemples : les frères Laffitte, la fille d’André Citroën, " la riche juive Ravel ", 
Mme de Brinon. (5)
On écrit aussi au commandement du Gross-Paris pour se plaindre : une adhérente d'un 
groupe de collaborateurs estime que, " seuls les Français ou si peu de sujets 
étrangers "  sont astreints à l'étoile
" Tout étranger juif devrait porter l'étoile et si c'est une loi française, que celui qui ne se 
soumettrait pas retourne dans son pays, ce qui ferait l'affaire des Français, car les juifs
étrangers continuent leurs méfaits sans qu'on puisse s'en protéger " (6)
Dans une autre lettre, on veut savoir où l’on peut " signaler des Juifs qui ne portent pas l’étoile
jaune ". 
L’auteur indique " qu’on en trouverait des milliers si on lançait une chasse dans les cafés
et restaurants du XVIe arrondissement de Paris et autour de la place de l'Etoile ". (7)

ARRESTATIONS...

Une circulaire du 6 juin 1942 donna aux commissariats des instructions précises sur les 
mesures à prendre contre ceux qui ne portaient pas l’étoile de façon évidente. (8)
L’application sera immédiate : le 8 juin, Joseph Zaoui est arrêté et transféré au dépôt car
il n’a pu montrer sa carte d’identité et il portait l’étoile sur sa chemise et non sur 
son manteau. (9)
Toujours le 8 juin, deux femmes se retrouvent écrouées à la caserne des Tourelles : 
Berthe Steinberg ne portait pas l’étoile, et Alice Heni ne pouvait montrer sa carte
d’identité. (10)
Après des contrôles boulevard Saint-Michel, la Feldgendarmerie se demande s’il ne faut pas
" demander les papiers à des personnes anonymes plutôt qu’à des personnes qui portent
l’étoile jaune ". Il relève que " l'opinion publique est étonnée du nombre considérable de
Juifs qu'il y a à Paris ". (11)
Le 10 juin, un rapport à Knochen, fait le point sur les manifestations parisiennes contre 
l’introduction de l’étoile : " il y avait un grand nombre de Juifs qui se sont montrés sur
les Grands Boulevards, entre la République et Opéra. Partout, même dans les milieux peu 
favorables aux Allemands, on n’avait jamais pensé qu’il y avait tant de Juifs à Paris". 
Il est relevé que les milieux collaborateurs ne comprennent pas " pourquoi les Italiens, 
les Anglais, et les Américains sont dispensés du port obligatoire de l'étoile jaune " et on
demande " qu'on interdise l’entrée des grandes artères, des cafés, des restaurants, 
théâtres, et surtout la fréquentation des bains publics, et qu’on mettre fin à la discussion 
publique sur la question des exemptions ". (12)
En même temps, Röthke précise que 40 personnes ont été arrêtées parce qu’elles ne 
portaient pas l’étoile, ou parce qu’elles portaient d’autres insignes ou plusieurs étoiles, 
" un certain nombre de non-Juifs qui portaient l’étoile jaune sans y être obligé ou 
portaient des imitations de l’étoile jaune avec des inscriptions différentes ou d’autres 
insignes fantaisistes ». 
Les Juifs de 18 ans révolus ont été envoyés à Drancy, les femmes aux Tourelles. 

LES CATHOLIQUES REAGISSENT

Françoise Siefridt, une jeune lycéenne membre de la Jeunesse 
étudiante chrétienne féminine (JECF) qui avait brodé le mot "papou" sur une étoile, restera à Drancy jusqu'au 31 août
1942. (13)
Hélène Berr note dans son journal du lundi 29 juin : «  En marchand avenue de la Bourdonnais, je pensais je crois à 
mes souliers. J’ai eu soudain conscience qu’un Monsieur venait vers moi - je suis sortie de ma pensée. Il m’a tendu 
la main, et m’a dit d’une voix forte : «  Un catholique français vous serre la main…et puis, la revanche ! » J’ai dit merci,
et je suis partie en commençant à réaliser ce qui s’était passé. Il y avait d’autres personnes dans la rue, assez loin, 
j’avais presque envie de rire. Et pourtant, c’était chic, ce geste. Il devait être Alsacien ; il avait trois rubans à sa 
boutonnière. Dans la rue, on est sans cesse obliger de représenter. C’est une épreuve de sortir (…).
François M. m’a dit hier que sur les 80 femmes déportées des Tourelles la semaine dernière, il y en avait une par 
exemple qui l’avait été parce que son enfant de six ans et demi ne portait pas l’étoile ». (14)

DENONCIATIONS...

Constantin Alperoff avec Alice Vroska
Constantin Alperoff, célèbre danseur russe des années vingt, 
fera l’objet le 4 février 1944, d'une dénonciation du directeur du 
statut des personnes du CGQJ auprès de la Section d'enquête 
et de contrôle (SEC) de Paris, qui voit son " attention appelée sur 
le nom d'un artiste de music-hall qui s'étale largement sur les 
affiches de la revue des Millions aux Folies-Bergères " (...) 
Alperoff, qui est un nom spécifiquement juif " poursuit le courrier.
Il est demandé de faire " immédiatement une enquête sur la situation
de cet artiste en vérifiant spécialement les points suivants :
1 - Situation raciale de l'individu
2 - Est-il en règle avec les lois et ordonnances : recensement, 
port de l'étoile, etc." (15)

Les lettres anonymes viendront faciliter la répression policière : 
dans ce courrier de 1943, adressé au CGQJ, il est question d'une 
" ancienne danseuse Juive " : " Voyez donc le genre d’existence de
 la fille Muriel Adlerancienne danseuse, actuellement en 
hôtel, ne portant pas l’étoile.
Cette personne non contente d’être juive débauche les maris des 
vraies Françaises. 
Sachez donc de quoi elle vit ??
Défendez les femmes contre les Juives et ce sera votre meilleure 
propagande et vous rendrez un mari Français à sa femme ". (16)

Affaire de moeurs et défaut d'étoile

Dans un courrier signé par le Comité d’action antibolchévique et
adressé au CGQJ, on lit :
" Le dimanche 1er novembre 1942, le jeune Henri Dequesne, âgé de 16 ans et demi, et un de ses camarades Martinez, 
âgé d’une vingtaine d’années se trouvaient au cinéma " Le Vivienne ", rue Vivienne.
A la sortie du spectacle, le jeune Martinez se dirigea vers les lavabos de la salle. Dequesne l’attendait dehors. 
A l’intérieur des lavabos, Martinez trouva deux jeunes Juifs, qu’ils connaissait comme tels pour les avoir vus porteurs de 
l’étoile jaune, dépourvus de la dite étoile judaïque et honteusement occupés à 
des choses qui n’ont aucun rapport avec le cinéma.
Indigné de ces moeurs bien juives et les prenant de plus en plus en défaut 
(décret interdisant l’accès des salles de spectacles aux juifs), Martinez les 
souffleta et leur prit leurs papiers, leur donnant rendez-vous le lendemain à la 
gare Saint-Lazare, où il leur promettait, en plus de la restitution des dits 
papiers, une admonestation publique devant quelques autres jeunes gens, au 
moral sans aucun doute plus propre et Français sans tare.
Le lundi 2 novembre, les deux jeunes Juifs, cette fois-ci munis de leur 
insigne jaune, arrivent au rendez-vous avec leur "employeur" aryen, paraît-il, 
et se vantant de relations, par lesquelles ils allaient faire voir à ces jeunes 
Français ce qu’il en coûte de s’attaquer à de jeunes juifs pédérastes.
Des inspecteurs de police de la gare Saint-Lazare les accompagnaient 
d’ailleurs et l’on embarqua tout le monde au poste de police, commissariat spécial
de la gare Saint-Lazare.
Là, le commissaire fit garder les jeunes Dequesne et Martinez, bien que 
d’ailleurs le premier ne fut pour rien dans l’affaire.
En même temps, les Juifs, bien qu’ayant fraudé les lois établies, étaient 
simplement rendus à leurs foyers avec tous les honneurs dus à la race élue. »

La lettre apporte des précisions quant au comportement de la police :
" 1°) Le commissaire de police interrogeant le jeune Martinez lui demanda 
pourquoi il s’était emparé des papiers des Juifs, celui-ci lui répondit 
simplement " Je n’aime pas les Juifs ". 
Sur ce, il reçut deux coups de poing à la face, de la part du commissaire qui, sans doute, 
aime les Juifs, mais outrepassa largement ses droits les plus élémentaires.
2°) S’adressant aux Juifs et pressentant que peut-être nos deux jeunes 
Français seraient tentés d’infliger une correction méritée à ces pédérastes juifs, 
le commissaire dit aux Juifs : " Si un de ces lascars vous cherchent des 
ennuis, je les ferai passer à tabac."
3°) Le commissaire a entendu le jeune Dequesne et ensuite lui a interdit le 
passage trop fréquent dans la gare Saint-Lazare, le prétendant sans doute 
réservé à la jeunesse israélite. "
Le CGQJ transmettra au préfet de police qui répond le 25 novembre que le
commissariat spécial de la gare Saint-Lazare ne dépendait pas de ses services". (17)

L’absence d’étoile suffisait pour justifier une déportation :
Emile Moha, 62 ans, déjà arrêté au début de la guerre par la police française, est 
arrêté avec sa famille le 1er janvier 1943. Le 18 février, demande est faite au commissaire
Permilleux d'arrêter toute sa famille et de les interner à Drancy. (18)
Victor Uzan, 28 ans, est également accusé de continuer ses activités 
professionnelles. Un rapport l'accuse d'avoir mis son beau-père à la tête de son entreprise. 
Absence d'insigne, activité clandestine, contact avec le public : trois infractions fatales. (19)
M. Sroussi, qui ne s’est pas fait recenser et qui ne porte pas l’étoile, est dénoncé par un 
voisin. (20)
Le 16 juin, la Gestapo de Paris précise les critères de sélection pour la sélection de 
1.000 Juifs des camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande : aptitude au travail, être âgé
de moins de 55 ans, sexe masculin, astreinte au port de l’étoile. 
Les Juifs vivant en mariage mixte sont ajournés provisoirement... (20)

Dans " Souvenirs : l'étoile jaune ", Henri Szwarc, jeune apprenti chez Renault qui échappa 
à la déportation, décrit parfaitement le climat : " Il n'était pas question de ne pas porter 
l'étoile, nous étions trop connus dans notre rue et à la merci d'une dénonciation. 
Nous avons par ailleurs reçu la visite d'un inspecteur chargé de vérifier jusque 
dans nos armoires, que les étoiles étaient bien cousus sur nos vêtements ". (21)

Marguerite Gleidmann, d'origine Hongroise, sera arrêtée par Douillet pour avoir attaché son étoile avec des épingles. 
Elle sera déportée par le convoi n°59 du 2 septembre 1943. (22)
Le 26 octobre 1943, Douillet arrête aussi Simone Lackenbacher, 32 ans, employée dans 
une pharmacie, rue des Batignolles (XIXe). 
Son rapport précise avoir " trouvé la Juive à la caisse sans étoile ". 
Invitée à le suivre, " cette juive a tenté de prendre la fuite, mais a été appréhendée 
à nouveau ".
Consignée au poste de police de la rue des Batignolles, elle sera mise " à la disposition
de M. Permilleux ". Elle sera déportée par le convoi n° 62 du 20 novembre 1943.  (23)
Douillet, en août 1949, sera condamné par la Cour de Justice de Paris à 15 ans de travaux 
forcés.

Des enfants cachés, qui ne portaient pas l'étoile, seront aussi dénoncés et arrêtés : 
Sylvie Rosenthal, internée au camp de La Lande (Indre-et-Loire), n’avait que 12 ans.
Réfugiée à Pornic, avec sa mère et son frère, ils ont été dirigés à Angers où un voisin avait
même demandé à pouvoir l'adopter. (24)
Elle sera déportée à Auschwitz par le convoi n° 36 parti de Drancy le 23 septembre 1942, 
qui comptait 29 enfants et 4 adolescents, de 1 an à 15 ans, domiciliés
à Tours. Il n’y aura aucun survivant.
Colette Rozen, 12 ans, était scolarisée à Wassy (Haute-Marne). Lors d'une rafle lancée dans tout
le département, le 27 janvier 1944, les gendarmes viendront la chercher jusque dans sa classe. 
Elle sera déportée à Auschwitz par le convoi n° 68. (25)

> Voir aussi le témoignage d'Alexandre Halaunbrenner qui habitait
rue des Rosiers à Paris.



L'INTERVENTION DE JEAN LEGUAY

Jean Leguay (1909-1989) a été inculpé en 1979 de crimes contre l'humanité pour son rôle
dans la rafle du Vél d'Hiv. Il mourra avant que son procès ait lieu.
Délégué du secrétaire général à la police nationale en zone occupée, il est l'auteur d'une lettre, début août 1942, 
qui précise les conditions de la déportation des enfants.
Pour un membre de la famille de sa femme, il interviendra à titre exceptionnel, comme l’atteste une note du 11 juin 
1943 d'Heinz Röthke, le chef du service Juif de la SS. (26)
Il indique que Leguay, lors d'une visite effectuée la veille, y a abordé une affaire très personnelle. 
" Il n'est jusqu'ici jamais intervenu pour des juifs, il ne veut et ne peut non plus le faire à l'avenir " précise Röthke.
" Barry de Longchamp, l'oncle de la femme de Leguay, est marié en secondes noces
à une Juive, Nicole Barry de Longchamp, atteinte de tuberculose (...)
Habitant en zone occupée, elle a voulu venir à Paris pour consulter un spécialiste mais elle 
s'est faite arrêter, et a été transférée à Drancy. 
Son mari réclame l’intervention de Leguay qui refuse d’agir en sa qualité de chef de la police. "
La note précise qu’elle n’a pas porté l’étoile juive et qu’elle s’est rendue à Paris sans autorisation. 
Röthke acceptera de recevoir l’oncle de sa femme le jour même et transmettra à Helmut Knochen, le chef de la Sûreté,
pour donner des instructions " si et quand la Juive, devra, le cas échéant être libérée ". 

(1) Nadia Kaluski-Jacobson : " Les lettres de Louise Jacobson et de ses proches 1942-1943 " (Laffont, 1997)
(2) Liliane Lelaidier-Marton : " Une ombre entre deux étoiles - Histoire d'une enfant cachée " (Editions Velours, 2006)
(3) Jacques Biélinky : Journal 1940-42. (Cerf, 1992) p.213-214 et CDJC-CCXIV-5
(4) Témoignage fourni par Liliane Ruf, veuve de Robert Burac (fils de Gerson Burakowski, émigré polonais entré 
clandestinement en France en 1927, et de Sophie Gordon, venue avec ses parents de Lituanie).
(5) CDJC-XLIXa-107 Lettre du 9 août 1942 du service IVJ de la Sipo SD de Bordeaux adressée à la Sipo SD de Paris,
 avec deux notes des 4 et 10 juillet 1942 des indicateurs 351 et Bx 534. La note fait état de RB, la fille des usines 
Citroën qui a épousé M. Montesquio. 
André Citroën, marié à Georgina Bingen, a eu quatre enfants : Jacqueline (1915-1994), épousa en fait le marquis 
Paul de Rafélis de Saint-Sauveur (1910-1999) en 1935. Ils divorceront en 1946 ; Bernard en 1917 
qui épousa Piroska Szabo (1919-1996) ; Maxime en 1919 qui épousa Antoinette David-Weill (1920-1980) ; Solange 
née en 1924 qui mourra à 1 an.
(6) CDJC-XLIXa-83 Lettre manuscrite, du 11 juin 1942, de Suzanne Allaire, du Groupe Collaboration n° 36.212, 
adressée au Kommandant von Gross-Paris, concernant l'avis de la population au sujet du port obligatoire de l'étoile
jaune.
(7) CDJC-XLIXa-104 Lettre du 19 juillet 1942, adressée au Kommandant von Gross-Paris, concernant des "Juifs" qui
ne portent pas l'étoile jaune.
(8) CDJC-XX-31 Circulaire n° 477, du 6 juin 1942, de G. Tanguy, directeur de la police judiciaire, et de Michel Douay, 
secrétaire général, délégué du préfet de police de Paris, adressée à tous les commissaires concernant les mesures à 
prendre contre les Juifs qui ne portent pas de façon évidente l'étoile jaune.
(9) CDJC-XLIXa-70 Procès-verbal, du 8 juin 1942, du brigadier Geier de la Feldgendarmerie, Trupp 913, de Paris, 
concernant l'arrestation de Joseph Zaoui. n'a pas pu montrer sa carte d'identité juive et qu'il portait l'étoile jaune sur 
sa chemise et non pas sur son manteau. Le brigadier l'a arrêté et transféré  au dépôt du 1er arrondissement de Paris.
(10) CDJC-XLIXa-74 Circulaire du 6 juin 1942 du directeur de la PJ et du secrétaire général du préfet de police à tous 
les commissaires de police de Paris et de banlieue.
(11) CDJC-XLIXa-73 Rapport du 8 juin 1942, du "Service spécial", concernant les contrôles de la Feldgendarmerie 
effectués dans le 5e arrondissement de Paris.
(12) CDJC-XLIXa-32 Rapport du 10 juin 1942 du service de propagande du Militärbefehlshaber in Frankreich, section 
de propagande Paris, adressé au SS-Standartenführer Dr Helmuth Knochen de la Sipo-SD de Paris, concernant les 
manifestations contre l'introduction de l'étoile jaune à Paris.
(13) CDJC-XLIXa-33 Note du 10 juin 1942, du SS-Obersturmführer Heinz Röthke, du service IV J de la Sipo-SD de 
Paris, concernantl'introduction de l'étoile jaune.
Lire aussi : Cécile Gruat et Cédric Leblanc : Amis des Juifs, les résistants aux étoiles (Editions Tirésias - Les oubliés 
de l’Histoire 2005).
Françoise Siefridt : " J'ai voulu porter l'étoile jaune " (Robert Laffont, 2010).
(14) Hélène Berr : Journal. Préface de Patrick Modiano, suivi de Hélène Berr, une vie confisquée, par Mariette Job. 
Taillandier 2008.
(15) CDJC-LXXXIX-119 Note du 4 février 1944 de M. Armilhon, directeur du service Juridique et du Statut des
personnes au Commissariat général aux questions juives, adressée au directeur de la Section d'enquête et de 
contrôle de Paris.
(16) CDJC - XXXVIII-102 Lettre de 1943 dénonçant Muriel Adler, danseuse juive.
(17) CDJC-XXXVIII-68 Deux lettres des 19 et 25 novembre 1942 entre le préfet de Police et le Commissariat général 
aux questions juives, et un rapport joint émanant du comité d'action anti-bolchévique à propos de l'arrestation de 
deux jeunes gens dans un cinéma.
(18) CDJC-XXXIII-19 Rapport d'enquête et lettre du 22 au 25 septembre 1942.
(19) CDJC-XXXVIII-83 Lettre de dénonciation du 25 janvier 1943 de M. Georges Santerne au commissaire général aux 
questions juives.
(20) CDJC-XXVI-31 Lettre du 14 juin 1942 du service IV J de la Sipo SD de Paris à la Sipo SD d'Orléans.
(21) Henri Szwarc : " Souvenirs : l'étoile jaune " (Annales, Histoire, sciences sociales, 1993, vol. 48, n°3) p. 629-633
(22) CDJC-LXXXIX-92 Rapport d'enquête du 5 août 1943 de M. Douillet, chef du service des inspecteurs à la Section 
d'enquête et de contrôle de Paris.
(23) AN-AJ 38-6
(24) CDJC-XLII-32 Lettre du 28 août 1942 de Jean Osvald, adressée à Louis Darquier de Pellepoix, commissaire 
général aux questions juives.(18) CDJC-XLII-41 Documents administratifs du 22 septembre 1942 au 10 mars 1943.
(25) Récit de Sylviane Cuartero pour Guysen Israël News, du 14 avril 2007.
Le père, Mordka Rozen, arrêté à Saint-Dizier (Haute-Marne), incarcéré à Châlons-sur-Marne, fera passer des courriers 
aux familles d'accueil de ses enfants, Colette et sa petite soeur Anette, 3 ans, avant d'être déporté avec son épouse 
Bayla le 27 juillet 1942 : " J'espère que Colette n'aura pas besoin de porter l'insigne vu que nous ne sommes plus là. 
Elle n'attirera pas l'attention des gens ".
(26) CDJC-XXVII-13, cité par Serge Klarsfeld : Vichy-Auschwitz 1943 (Fayard, 1983) p. 285-286.