mardi 26 juin 2012

Contribution à la newsletter d'Israël-infos

La newsletter d'Israël-Infos a publié cette actualité sur son site www.israel-infos.net
Israelinfos.net, est le support d'information de prédilection de très nombreux lecteurs interpelés par l'actualité du Moyen-Orient.
Diffusée auprès de plus de 130 000 abonnés, cette newsletter présente une synthèse ordonnée de l'actualité israélienne et du monde juif.
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dimanche 27 mai 2012

Qui sont les exemptés de l'étoile jaune ?

En 1942, le port de l'étoile jaune a été imposé aux Juifs de plus de six ans, en zone occupée, par les autorités allemandes, relayées par la police française pour sa distribution et son contrôle. 
Certains n’ont pas voulu la porter, d’autres ont obtenu son exemption.
Un privilège très rarement accordé
, qui entraina comme une certaine culpabilité, renvoyant bien souvent au fond des mémoires les circonstances qui ont permis d'échapper au port obligatoire de l'insigne. 

L'étoile, qui facilita arrestations et déportations, est devenu un formidable levier pour la "Solution finale" : l'extermination du peuple juif.
Parmi les exemptés, qui trouve-t-on ? 
Des "amis" du maréchal Pétain, des personnes qui comptaient dans la bonne marche des rouages économiques, des indicateurs ou agents au service de la police anti-juive, des membres de l'UGIF, des artistes, des intermédiaires du pillage d'oeuvres d'art, certaines nationalités, et de simples anonymes qui répondaient aux stricts critères d'exemption prévus par la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942, instaurant le port obligatoire de l'étoile à compter du 7 juin.
Autant d'histoires singulières à ne pas oublier.

Affiche antisémite en faveur du port de l'étoile jaune
 > 26 Juifs officiellement exemptés  : la note de Heinz Röthke, chef du service juif de la SS de Paris

> 8 exemptions pour de "pressants motifs économiques"
> 6 exemptions liées à la police anti-juive
> L'erreur historique de l'exemption de Mme Girot de Langlade
 > Certaines nationalités bénéficiaires
> Léo Israelowicz et l'exemption de Robert Gamzon, de l'UGIF
> L'exemption du compositeur Marcel Lattès, un répit avant sa déportation 
> L'exemption d'Ida Guitelman grâce à une simple lettre ?
> 3 exemptions pour faciliter le vol des oeuvres d'art 
> Des demandes transmises aux préfets et l'attitude de Maurice Papon 
> Un souhait d'exemption de Pétain en faveur de la veuve de Bergson
> 10 exemptions à explorer...  

> DES DEMANDES D'EXEMPTION REFUSEES
> Maurice Goudeket, le mari de Colette
> Les pompiers de Paris 
> Nelly Franckfurt
> La résistance des avocats
> La veuve de Fernand Widal

> ILS N'ONT PAS PORTE L'ETOILE 
> Max Jacob 
> Louise Jacobson
> Françoise Giroud

mercredi 18 avril 2012

Anne Sinclair raconte son grand-père

21 rue de la Boétie... C'était l'adresse de la galerie d'art de son grand-père Paul Rosenberg. 
Anne Sinclair raconte sa vie et la spoliation d'une des plus belles collections.
21 rue de la Boétie... C'est à cette adresse que s'installa l'Institut d'étude des Questions juives, organisation anti-judaïque française créée le 11 mai 1941 par la fusion de la Communauté française et du Cercle d'études et de documentation contre l'emprise judéo-maçonnique.
L'IEQJ s'installa en effet dans l'hôtel particulier réquisitionné de Paul Rosenberg et la même adresse abritera le Centre d'étude antibolchevique, le Cercle Drumont, les Amis anti-juifs et le Centre intellectuel d'expansion française. 
Louis-Ferdinand Céline participa à l'inauguration des locaux.
A propos du pillage des oeuvres d'art, des exemptions d'étoiles ont été accordées pour faciliter le travail d'experts juifs contraints de mettre leurs compétences au service des allemands.

dimanche 11 mars 2012

L'histoire des Justes de France

Patrick Cabanel (Université Toulouse-Le Mirail) vient de publier chez Armand Colin un essai consacré à l’histoire des Justes de France. Neuf ans après le « Dictionnaire des Justes de France » de Lucien Lazare (Fayard/Yad Vashem), on passe des histoires individuelles à un portrait collectif, illustrant une forme particulière de résistance civile qui, longtemps, était restée en dehors du domaine de la Résistance, et de son histoire « officielle ».
"L'absence d'une histoire des Justes mutile l'histoire de la Shoah", affirmait Lucien Lazare dans un entretien au Monde, en 2003. Il ajoutait qu'un "immense travail" restait à faire sur les milliers d'anonymes qui, dans les campagnes, avaient risqué leur vie pour sauver des juifs. Patrick Cabanel a largement entamé ce travail. Lire la suite

mercredi 7 mars 2012

Bibliographie

> La revue Diasporas. Histoire et sociétés n° 16, Marquer, discriminer, exclure (2011)

Dossier sur l'étoile jaune.

Au sommaire 

Pierre Laborie : Mémoires d’étoile, marquage d’histoire
Patrick Cabanel : L’étoile jaune dans une prédication
au temple de l’Oratoire du Louvre, dimanche 7 juin 1942
Simone Rubin-Gerber : Témoignage sur le port de l’étoile juive à Paris


A  
Michel Abitbol : " Les Juifs d’Afrique du Nord sous Vichy " (Riveneuve, 1998)
Mohammed Aïssaoui ; " L'Etoile jaune et le croissant " (Gallimard, 2012)
Eric Alary : " La ligne de démarcation 1940-1944 " (Librairie académique Perrin, 2003)
Henri Amouroux : " La vie des Français sous l'Occupation " (Fayard, 1979)
" Quarante millions de Pétainistes juin 40-juin 41 " (Laffont, 1977)
" Les passions et les haines " (Laffont, 1979)
Robert Assaraf : " Mohamed V et les Juifs du Maroc à l’époque de Vichy " (Plon, 1997)
Pierre Assouline : " Le dernier des Camondo " (Gallimard, 1997)
B
Robert Badinter : " Un antisémitisme ordinaire – Vichy et les avocats Juifs 1940-1944 " (Fayard, 1997)
René Bargeton : " Dictionnaire biographique des préfets 1870-1982 " (Archives de France, 1995)
Yves Belaubre : " La protestation - Mgr Saliège face à Vichy 23 août 1942 "
(Editions Nicolas Eybalim, 2012) 
Georges Bensoussan et Florence Bonnaud : " Juifs en pays arabes : le grand déracinement 1850-1975 " (Decitre, 2013) 
Jean-Marc Berlière - Laurent Chabrun : " Les policiers Français sous l'Occupation " (Perrin, 2001)
Syvie Bernay : " L'Eglise de France face à la persécution des juifs " 
(CNRS éditions, 2012)
Hélène Berr : " Journal "  (Taillandier, 2007)
Jacques Biélinky : " Journal juillet 1940-décembre 1942 " (Cerf, 1992)
Joseph Billig : " Le Commissariat Général aux Questions Juives " (Editions du Centre - Paris 1955-1960)
Eugène Boretz : " Tunis sous la Croix Gammée " (Office Français d’édition, 1944)
Robert Borgel : " Etoile jaune et croix gammée " (Artypo, Tunis 1944)
Alphonse Boudard : " L'étrange Monsieur Joseph " (Laffont, 1998)
C
Patrick Cabanel : " Histoire des Justes en France " (Armand Collin, 2012)
Carmen Callil : " Darquier de Pellepoix ou la France trahie  " (Buchet-Chastel, 2007)
Jean Cassou : " Le pillage par les Allemands des œuvres d’art et des bibliothèques appartenant à des Juifs en France " (Editions du Centre, 1947)
Marc-André Charguéraud : " L’Etoile jaune et la Croix-Rouge – Le Comité international de la Croix-Rouge et l’Holocauste, 1939-1945 " (Labor et Fides, Editions du Cerf, 1999)
Jacques Chevalier : " Entretiens avec Bergson " (Plon, 1959)
Jérôme Clément : " Plus tard, tu comprendras «  (Grasset, 2005)
Asher Cohen : " Persécutions et sauvetages : Juifs et Français sous l'Occupation et sous Vichy " (Editions du Cerf, 1993)
Frédérick E. Cohen : " Les Juifs dans les îles de Jersey, Guernesey et Sercq sous l’occupation allemande 1940-45 " (Revue d’Histoire de la Shoah n° 168 – janvier-avril 2000)
Michèle Cointet : "  Vichy et le fascisme : les hommes, les structures et les pouvoirs "  (Editions Complexe, 1987)
" Pétain et les Français " (Perrin, 2002)
" Nouvelle Histoire de Vichy " (Fayard, 2011)
Michèle Cointet et Jean-Paul Cointet : " Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation V (Taillandier, 2000)
D
Robert Debré : " L’honneur de vivre " (Stock – Hermann, 1974)
Jean-William Dereymez - Robert Redeker : " Le refuge et le piège : les Juifs dans les Alpes, 1938-1945 " (L'Harmattan 2008)
E
Cyril Eder, Les Comtesse de la Gestapo, (Grasset, 2006)
Philippe Erlanger : " Notes sur l’histoire des Camondo " (Archives Paribas, 1972)
F
Hector Feliciano : " Le Musée disparu - Enquête sur le pillage d'oeuvres d'art en France par les nazis " (Gallimard, 2009)
Joachim C. Fest : " Les maîtres du IIIe Reich  " (Grasset, 2008)
Claude Francis et Fernande Gontier : " Colette " (Perrin, 1997)
Jacques Fredj : " Les archives de la Shoah " (Centre de documentation juive contemporaine – L’Harmattan, 1998)
G
Frédéric Gasquet : " La lettre de mon père : une famille de Tunis dans l’enfer nazi " (Coll. Résistance Liberté Mémoire, Editions du Félin 2006)
Armand Gliksberg : " Kaddish pour les miens – chronique d’un demi-siècle d’antisémitisme 1892-1942 " (Témoignage Mille et une nuits, 2004)
André Gob : " Des musées au dessus de tout soupçon " (Armand-Colin, 2007)
Léo Goldberger : " The Rescue of the Danish Jews. Moral courage under stress " (New-York University Press, 1987)
Maurice Goudeket : " Près de Colette " (Flammarion, 1955)
Cécile Gruat et Cédric Leblanc : " Amis des Juifs, les résistants aux étoiles " (Tirésias – Les oubliés de l’histoire, 2005)
Jean Guitton : " Portraits et circonstances Jean Guitton : " Jeanne Bergson (Desclée de Brouwer, 1989)
H
Bruno Halioua : " Blouses blanches, étoiles jaunes : l’exclusion des médecins juifs en France sous l’Occupation " (Liana Lévi, 2000)
Raul Hilberg : " La destruction des Juifs d’Europe " (Gallimard, 1991)
I
Radu Ioanid : " La Roumanie et la Shoah " (Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris 2002)
José Maria Irujo : " La liste noire " (La lista negra. Los espias nazis protegidos por Franco y la Iglesia) (Madrid, Aguilar, 2003)
J

Serge Jacquemard : "La Bande Bonny-Lafont" (Scènes de crimes, 2007)
Laurent Joly : " Vichy dans la Solution finale – Histoire du Commissariat général aux questions juives " (Grasset, 2006)
" Xavier Vallat " (Grasset, 2001)
K
Nadia Kaluski-Jacobson : " Les lettres de Louise Jacobson et de ses proches 1942-1943 " (Laffont, 1997)
André Kaspi : " Les Juifs pendant l’Occupation "  (Points-Histoire, 1997)
Jean-François Kesler : " Les hauts fonctionnaires, la politique et l’argent " (Albin-Michel, 2006)
Serge Klarsfeld : " Vichy-Auschwitz " (Volumes I et II) (Fayard, 1983-1985)
" Nice, Hôtel Excelsior " (Association Les Fils et Filles des déportés juifs de France, 1998)
" Le Mémorial des Enfants Juifs déportés de France " (Fayard, 2001)
" L’Etoile des Juifs " (L’Archipel, 1992)
" Le Statut des Juifs de France " (CDJC-FFDJF, 1990)
" Le jeu de Vichy entre les Italiens et les Allemands " (Le Monde Juif n° 149, avril 1993)

Jean Kleinmann : " Les politiques antisémites dans les Alpes-Maritimes 1938-1944 " (Cahiers de la Méditerranée, vol.74)
L
Michel Laffitte : " Juif dans la France Allemande " (Taillandier, 2006)
Anny Latour : " La résistance juive en France, 1940-1944 " (Stock, 1970)
Michel Laurencin : " Dictionnaire biographique de Touraine " (CLD, 1990)
Lucien Lazare : " Le livre des Justes " (Lattès, 1993)
Liliane Lelaidier-Marton : " Une ombre entre deux étoiles – Histoire d’une enfant cachée " (Editions Velours, 2006)
André Lettich et Lazar Moscovici : " 1942, convoi n° 8 " (Editions du Retour, 2009)
Bernard Lévi : " X bis, un Juif à l’école Polytechnique " (Calmann-Lévy, 2005)
Paul Lévy : " Elie Bloch : être juif sous l’Occupation " (Geste Editions, 1999)
"  Hommes de Dieu dans la tourmente – L’histoire des rabbins déportés " (Safed publications, 2006)
M
Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton : " Vichy et les Juifs " (Calmann-Lévy, 2015)
Marie-Anne Matard-Bonucci : " L'Italie fasciste et la persécution des Juifs " (Perrin, 2007)
Jacqueline Mesnil-Amar : " Ceux qui ne dormaient pas. Journal, 1944-1946 " (Stock, 2009)
Patrice Miannay : " Dictionnaire des agents doubles dans la Résistance " (La Cherche Midi, 2005)
Maurice Moch : " L’Etoile et la Francisque : les institutions juives sous Vichy " (Cerf, 1990)
N
Henri Nahum - " La Médecine française et les Juifs 1930-1945 "  (L'Harmattan, 2006)
Sophie Paisot-Béal et Roger Prévost : " Histoire des camps d'internement en Indre-et-Loire 1940-1944 " (La Simarre, 1993)
P
Léon Poliakov : " L'Etoile jaune - La situation des Juifs en France sous l'Occupation - Les législations nazie et vichyssoise " (Editions Grancher, 1999)
Martine Poulain : " Livres pillés, lectures surveillées – Les bibliothèques françaises sous l’Occupation  " (Essais-Gallimard, 2008)
Jean-Marie Pouplain : " Les chemins de la honte – Itinéraire d’une persécution Deux-Sèvres 1940-1944 " (Geste éditions,2000)
" Les enfants cachés de la Résistance " (Geste éditions, 1998)
Renée Poznanski : " Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre Mondiale " (Hachette Littératures Pluriel Histoire, 2005)
" Porter l’étoile jaune à Paris " – Revue Historique n°591 (Presses Universitaires de France, 1994) p. 43-71
Nicole Priollaud, Victor Zigelman, Laurent Goldberg : " Images de la Mémoire Juive, immigration et intégration en France depuis 1880 " (Editions Liana Lévi - Mémoire Juive de Paris, 2000)
R
Maurice Rajsfus : " Opération étoile jaune " (Le Cherche Midi, 2002)
" La police de Vichy " (Le Cherche Midi, 1995)
Adam Rayski : " Le choix des Juifs sous Vichy entre soumission et résistance " (La Découverte, 1992)
Michel Rayssac : " L'exode des musées - Histoire des oeuvres d'art sous l'Occupation " (Payot, 2007)
Charkes Rickard : " 1943-45 Vérités sur la guerre " (Editions Gisserot, 1990)
Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera : " Les patrons français sous l’Occupation " (Odile-Jacob, 1995)
S
Jacques Sabile : " La Tunisie sous Vichy et l’occupation " (Manuscrit, Editions du Centre, Paris, 1954)
Gerhard Schoenberner: " L'étoile jaune " (Presses de la Cité, 1982)
Jacques Semelin :Persécutions et entraides dans la France occupée - Comment 75 % des juifs en France ont échappé à la mort (Les Arènes - Seuil, 2013)
Henri Serg : " Joinovici, l'empire souterrain du chiffonnier milliardaire " (Le Carroussel, 1986)
Claude Singer : " Vichy, l’Université et les juifs " (Les Belles Lettres, 1992)
Henri Szwarc : " Souvenirs : l’étoile jaune " (Annales, histoire, sciences sociales, volume 48, 1993)
T
Raymond Tournoux : " Pétain et la France – La Seconde Guerre Mondiale " (Plon, 1980)
U
Bernard Ullmann : " Lisette de Brinon, ma mère – Une Juive dans la tourmente de la Collaboration " (Editions Complexe, 2004)
V
Dominique Venner : " Histoire de la collaboration " (Pygmalion, 2000)
W
Georges Wellers : " Un Juif sous Vichy " (Tiresias, 1991)
Frédéric Worms : " Bergson ou les deux sens de la vie " (PUF, 2004)
Richard H. Weisberg : " Vichy, la Justice et les Juifs "  (Editions des archives contemporaines, 1998)
Y
Limor Yagil : "  Chrétiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944 : sauvetage et désobéissance civile "  (Edition du Cerf, 2005).
" La France terre de refuge et de désobéissance civile 1936-1944: l'exemple du sauvetage des juifs", Cerf 2010-2011, 3 tomes

dimanche 4 mars 2012

Béatrice de Camondo, la cavalière à l’étoile

Béatrice de Camondo, et son frère
Nissim, mort dans un combat
aérien en 1917

Béatrice de Camondo, la fille du comte Moïse de Camondo - collectionneur d'art et financier célèbre (1860-1935) - portait son étoile jaune sur sa veste de cavalière et parcourait tous les jours les allées du bois de Boulogne. 
Fine écuyère, elle continuait de participer à des concours hippiques avec des officiers allemands.
« Plus israélite que juive, foncièrement française et aristocrate à sa manière, sure d’elle et assez snob, elle se sentait protégée par l’ombre de son frère mort pour la France. Comme beaucoup, elle croyait que les juifs étrangers étaient visés prioritairement sinon exclusivement. On disait aussi qu’elle avait noué des relations utiles dans ces manèges fréquentés par des officiers junkers. On disait même qu’elle avait participé avant-guerre à des chasses à courre avec Goering et que cela l’immunisait contre le sort commun. Du moins en était-elle persuadée », écrit Pierre Assouline dans « Le dernier des Camondo ». (1)
Bien que convertie au catholicisme début 1942, Béatrice sera arrêtée avec sa fille Fanny, 22 ans, le 5 décembre 1942, chez elle, à Neuilly.
Son époux, Léon Reinach (dont elle venait de divorcer le 26 octobre 1942), et leur fils Bertrand, 19 ans, seront également arrêtés le 12 décembre 1942, à Sentein dans l'Ariège, trahis par celui qui devait les faire passer en Espagne.
Ils seront tous internés à Drancy où Béatrice sera un temps responsable du service des nourissons du camp.
En souvenir de la famille
Léon, Bertrand et Fanny seront déportés pour Auschwitz par le convoi n° 62 du 25 novembre 1943.
Béatrice partira par le convoi n° 69 du 7 mars 1944. Elle mourra le 4 janvier 1945, deux semaines avant la libération du camp.
Ainsi disparaissait une famille entière dont le nom restera associé à l'art : le legs au musée du Louvre d'Isaac de Camondo, cousin de Moïse, comptait une cinquantaine de toiles impressionnistes, dont le célèbre " Joueur de fifre " de Manet.
En août 1941, Léon Reinach, adressera une lettre de protestation au directeur des musées nationaux, où il évoque le tableau représentant Irène de Camondo, la mère de son épouse Béatrice, peint par Renoir, " La petite fille au ruban bleu ", contenu dans une caisse saisie en vertu de la législation sur les biens juifs.
Il rappelait tout ce que sa famille avait fait en faveur du patrimoine français et réclamait la " restitution et l'assurance que nos biens mobiliers seront à l'avenir respectés "... (2)
Jérôme Carcopino,  secrétaire d'Etat à l'Education nationale et à la Jeunesse, transmettra la requête à Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives, en espérant une " suite favorable ". 
Celui-ci adressera un courrier à la Délégation française dans les territoires occupés où il évoquait l'occupation du domicile des Reinach par les forces allemandes. Il soulignait que Mme Reinach, " obtint des autorités occupantes l'autorisation de se rendre à Paris pour y récupérer des objets personnels ". C'est là qu'elle " constata que la bibliothèque de son mari était en partance pour l'Allemagne. M. Reinach ne pouvant plus que se livrer à des travaux intellectuels, serait heureux que la bibliothèque lui fut rendue ".
Dans une lettre du 31 mars 1943, Georges Duhamel, secrétaire perpétuel de l'Académie Française, interviendra auprès de Fernand de Brinon, pour que soit adoucit le sort de la famille Reinach. 
Brinon, transmettra le courrier à Helmuth Knochen de la Sipo-SD.
Léon Reinach sera considéré comme " un Juif typique et insolent " par les différents services des autorités allemandes qui proposèrent, en guise de réponse, sa déportation. (3)
Aujourd'hui, à Paris, le musée Nissim de Camondo (du nom du frère de Béatrice, mort dans un combat aérien en 1917) présente une exceptionnelle collection d'art du XVIIIe siècle.
Inauguré en 1936, tout son contenu légué aux Arts décoratifs et à l’Etat, avait été transféré au château de Valencay, avec d'autres collections (des Rothschild et David-Weil), où tout failli disparaître dans l'incendie allumé par la division SS "Das Reich".
Les Reinach donnèrent aussi à l'Institut de France la Villa grecque Kérylos, à Beaulieu-sur-Mer (Alpes Maritimes), construite par Théodore Reinach (1860-1928), père de Léon.
Irène de Camondo qui avait divorcé en 1902, s'était convertie au catholicisme pour épouser le Comte Charles Sampieri, d'origine Italienne, en charge des écuries Camondo.
Elle ne sera pas inquiétée, protégée par son nom italien et sa conversion. Elle hérita de sa fille Béatrice et de la fortune des Camondo qu'elle dilapida dans les casinos de la Côte d’Azur. Elle meurt en 1963 à 91 ans.

(1) Pierre Assouline : " Le dernier des Camondo " (Gallimard, 1997, p. 314).
Philippe Erlanger : " Notes sur l'histoire des Camondo " (Archives Paribas, 1972)
Jean Cassou : " Le pillage par les Allemands des oeuvres d'art et des bibliothèques appartenant à des Juifs en France " (Editions du Centre, 1947).
(2) CDJC-CCXI-39_002 Lettre du 10 août 1941 de Léon Reinach, et lettre du 27 août 1941 du secrétaire d'Etat à l'Education nationale et à la Jeunesse, Jérôme Carcopino à Xavier Vallat, et la demande du Commissaire général aux questions juives, du 18 novembre 1941,  à la Délégation française dans les territoires occupés.
(3) CDJC-XLVI-484/490 Ensemble de sept documents, datés du 24 mars 1943 au 15 mai 1943, concernant Léon Reinach.

samedi 4 février 2012

Les handicapés et l'étoile

Certaines infirmités ne peuvent-elles dispenser un Juif du port de l’étoile ?
Cette question, soulignée en rouge sur le document, est formulée le 16 novembre 1942 par Henri Florent, chargé de mission de Jean Marques Rivière, délégué régional des SS du Nord-Pas de Calais.
Une demande transmise au directeur de la Police des Questions Juives (PQJ de Paris).
Non sans compassion, il est précisé  que cette personne a la main gauche mutilée.  « Elle ne peut avoir de profession manuelle et se voit fermer toutes les portes à cause de son insigne » (…) Et d'ajouter qu'il ne s’agit pas " d’un Juif comme les autres ", que " ses sentiments nationaux sont hors de doute et qu’il eut en toute circonstance une conduite véritablement digne d’éloges ". (1)
Une argumentation surprenante, en totale contradiction avec l’idéologie nazie, qui rappelons-le, a toujours rejeté le handicap. Hitler, dans « Mein Kampf », considérait  la « pureté du sang » comme un postulat de la « race aryenne » et dès 1934, le parti nazi éliminera les allemands les plus faibles, les handicapés mentaux et physiques.
Arrivés à Auschwitz II-Birkenau, les personnes présentant un handicap étaient immédiatement dirigées vers les chambres à gaz.

Photo CDJC et BN
Dans la France de Vichy, Pierre Régnier, président de la Fédération des amputés de guerre, écrira le 16 juillet 1942 à Darquier de Pellepoix pour demander une mesure d'exemption du port de l'étoile en faveur des mutilés de guerre Juifs.
Il mettra en avant la situation de Victor Faynzylberg, ce soldat du 22e régiment de marche étranger (polonais) qui a perdu sa jambe gauche en 1940, et dont la femme Ita, a été arrêtée en juillet 1942.
La libération d'Ita est demandée et Régnier explique « qu‘il n‘est pas guéri de son amputation et doit subir quotidiennement des soins particuliers. Il ne peut utiliser que des béquilles pour se déplacer ». Il précise qu’il habite un logement au cinquième étage et que « sa situation est particulièrement navrante du fait qu’il reste seul avec ses deux enfants en bas âge ».

C’est sur les conseils d'un voisin, que Faynzylberg, coiffeur boulevard de la Villette, s'est fait photographier avec ses deux enfants. Il a envoyé le cliché au maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun, pour appuyer la demande de libération de son épouse, arrêtée parce que juive. 
Le cabinet de Pétain, note Henri Amouroux, alertera Laval, qui transmettra au président de la Fédération des amputés. (2)
Sa croix de guerre et sa médaille militaire sont bien visibles. Sa fille porte l'étoile. Le petit garçon, qui n'a pas encore six ans, ne la porte pas encore.

La réponse adressée à Pierre Régnier, le 23 juillet, tient en sept lignes, formule de politesse comprise : " les autorités occupantes s'opposent à toute mesure de faveur ". (3)
Finalement, Ita Faynzylberg sera déportée à Auschwitz par le convoi n°34, le 18 septembre 1942. Victor, arrêté chez lui, refusera d'obtempérer et se défendra à coups de béquilles. La police l'emportera ligoté sur une civière, et il sera du convoi n° 68, du 10 février 1944.

Un autre cas de mutilés, anciens combattants, est évoqué début juillet 1942, dans une correspondance entre le préfet de police et le Commissariat général aux questions juives sur une possibilité de dérogation du port de l'étoile dans le palais de justice. (4)
La demande avait été formulée par trois agents du service de surveillance, en uniforme, soldats de 1914-1918, décorés. Ces concierges en contact permanent avec le public, on d'ailleurs été affectés dans un autre service. La demande sera transmise aux autorités allemandes, sans suite...

Yves Lecouturier, dans « Shoah en Normandie 1940-1944 » (5) relève qu’un « Juif de Brionne, bien que médaillé militaire, et dont le fils a été distingué de la croix de guerre, complètement impotent, se voit refuser l’exemption du port de l’étoile jaune qu’il demande. La préfecture répond qu’aucune dérogation n’est prévue ».
(1) CDJC-CXV-86 Lettre du 16 novembre 1942.
(2) Cité par Henri Amouroux, dans " Quarante millions de Pétainistes" (Laffont, 1977) p. 496.
La photo de Faynzylber se trouve aussi dans "Images de la Mémoire Juive, immigration et intégration en France depuis 1880" de Nicole Priollaud, Victor Zigelman, Laurent Goldberg (Liana Lévi - Mémoire Juive de Paris, 2000)
(3) CDJC-CXCIV-92_002 Lettre du 23 juillet 1942.
(4) CDJC-CXCIII-72_001 Correspondance du 1er au 7 juillet 1942.
(5)Editions Cheminements, 2004. p. 57