samedi 29 mai 2021

Ne touchez pas à la place de l’étoile jaune !

7 juin 1942 : dans la France occupée, le port de l’étoile jaune devenait obligatoire pour les Juifs de plus de six ans, suite à l’ordonnance allemande du 29 mai. 79 ans plus tard, cette étoile est détournée par des mouvements complotistes, antisémites, islamistes et anti-sionistes. 


« Un officier allemand s’avance vers un jeune homme et lui dit : « Pardon, monsieur, où se trouve la place de l’Étoile ? Le jeune homme désigne le côté gauche de sa poitrine » écrivait Patrick Modiano dans son roman La Place de l’Étoile publié en 1968. 

Cette affiche de propagande a été produite 
en 1942, et apposée dans la France occupée 
© Archives Larbor
Ce « marquage » humiliant, destiné à repérer toute une communauté, facilitera arrestations et déportations. Une pièce essentielle du puzzle de la « Solution finale » qui renvoyait à la rouelle de Saint Louis en 1269 et aux expulsions par Philippe Auguste en 1182. 

Un processus de mort engagé dès la fin 1939 en Pologne, fin 1941 en Allemagne, en avril 1942 aux Pays Bas et le 1er juin 1942 en Belgique.


L’étoile jaune sera distribuée avec le soutien actif de l’Etat français du maréchal Pétain, dans les commissariats et les sous-préfectures. Si le gouvernement de Vichy s’opposa à l’étoile jaune en zone sud, après l’invasion allemande du 11 novembre 1942, la mention « Juif » tamponnée en rouge, deviendra obligatoire sur les papiers d’identité et les cartes d’alimentation. L’étau se resserrait partout…


2021 : l’étoile jaune n’est plus sur le coeur des Juifs de France mais il saigne toujours…

Le 22 mai dernier, à Paris, l’humoriste Jean-Marie Bigard, lors d’un rassemblement contre le pass sanitaire, dérape à la tribune : « Et pourquoi ils nous colleraient pas une étoile jaune pour qu'on soit repéré plus facilement ? », proférant au passage des menaces de mort contre Agnès Buzin, ex-ministre de la Santé. 

Au micro de la chaine russe RT France, il renchérit : «  C’est une honte nationale ! Il faut absolument mettre un signe distinctif comme on l’a fait pour les juifs à la deuxième guerre mondiale ».

Les réactions n’ont fait qu’amplifier les propos du populiste tandis que l’Allemagne envisage, elle, une vraie riposte. Felix Klein, commissaire allemand chargé de la lutte contre l’antisémitisme, veut carrément faire interdire le port de l’étoile jaune dans les manifestations, pour ne pas banaliser la Shoah. Les villes de Munich et Wiesbaden l’ont déjà décidé en juin et juillet 2020 lors de rassemblements anti-confinement.

Les anti-vaccins cherchent aussi à s’identifier aux Juifs persécutés en faisant un parallèle grossier entre les crimes nazis et les mesures gouvernementales. 

Des sites complotistes et d’extrême-droite relaient allègrement ces amalgames faciles en évoquant la « dictature sanitaire ». Les vaccins sont même assimilés aux expériences médicales du Dr Mengele…

L’étoile jaune, symbole de stigmatisation des Juifs, est détournée pour clamer le refus d’être vacciné. Certains remontent même au Moyen Âge, en évoquant le Juif propagateur de la peste noire… En 1349, Strasbourg verra la moitié de sa population juive brûlée vive lors du massacre de la saint Valentin. Deux mille personnes périront, non pas de la peste, mais de la haine de corporations qui les accusaient d’avoir empoisonné l’eau des puits !

2019 : autre détournement des faits lorsque l’étoile jaune avec un croissant sera arborée lors de manifestations contre l’islamophobie. Les organisateurs évoquaient la similitude de la stigmatisation d’une communauté sur la base de sa religion…

Sauf que le climat des années 40 n’a rien de comparable avec la France contemporaine. 

Six millions de juifs ont péri dans les camps d’extermination nazis, dont 76.000 partis de France.

Sauf qu’en 2012 le terrorisme islamiste a tué des enfants innocents dans une école juive de Toulouse.

Sauf qu’en 2014, lors d’une manifestation pro-palestinienne, à Paris, on a entendu «  Mort aux juifs ! » et des restaurants cacher seront dévastés.

Sauf qu’en 2015, l’islamisme a encore tué quatre otages juifs à l’Hyper Cacher de Vincennes.

Sauf qu’en 2017, Sarah Halimi, 65 ans, est défenestrée par un homme jugé récemment pénalement irresponsable.

Sauf qu’en 2018, Mireille Knoll, 85 ans, rescapée de la Shoah, est poignardée à son domicile par deux individus mis en examen pour meurtre antisémite. Emmanuel Macron, président de la République, présent à ses obsèques, évoquait « l’obscurantisme barbare ». 

2019 : les actes antisémites ont progressé de 27 % (687 contre 541 en 2018 : source Ministère de l’Intérieur). 

2020 : malgré le confinement dû à la Covid-19, le nombre d’agressions physiques (44) est resté inchangé (45 en 2019). Et Miss Provence sera insultée pour ses origines israéliennes.

« L’antisémitisme est un virus qui mute » expliquait alors Haïm Korsia, le grand rabbin de France, considérant que « la façon de lutter contre cette haine doit muter aussi ». 

Il réagissait à un sondage révélant que 34 % des juifs de France se sentent menacés. 2021 : la haine déferle toujours sur les réseaux sociaux, excitée par les nouveaux tensions du Moyen-Orient suite aux émeutes de Sheikh Jarrah à Jérusalem-est. 

Pour 2022, année d’élection présidentielle, quel sera le niveau de cette haine ? 

L’an prochain ce seront les 80 ans de l’instauration de l’étoile jaune. Un triste anniversaire en perspective…


Thierry Noël-Guitelman




samedi 24 avril 2021

Marguerite, libérée de Drancy pour faciliter le vol de tableaux convoités par Göring

Pilleur attitré de Göring, l’historien d’art Bruno Lohse récupérait des toiles de maîtres pour le chef nazi. Collectionneurs et galeries juives comptaient parmi ses cibles favorites. En 1942, il s’attaque à la célèbre galerie Cailleux en s’appuyant sur les origines de l’épouse du propriétaire…

Judith Marguerite Serf
(1882-1973)
photo Geneanet
Bruno Lohse, marchand d’art allemand et nazi, participa activement au pillage des collections d’art de familles juives françaises pendant l’Occupation. Pour fournir les plus belles oeuvres au criminel de guerre Hermann Göring, il était en contact avec Paul de Cayeux de Sénarpont (1884-1964), dit Cailleux, qui présidait jusqu’en 1941 le syndicat des marchands d’art et antiquaires.

À la tête d’une galerie prestigieuse depuis 1912, ce grand collectionneur, spécialiste du 18e siècle français, catholique, était marié depuis 1910 à Judith Marguerite Serf (1882-1973).

Née à Paris dans une famille juive alsacienne de Buschwiller, elle sera arrêtée le 19 septembre 1942 et envoyée au camp de Drancy pour être déportée…

C’était sans compter sur l’intervention de Lohse qui obtiendra sa libération le 30 octobre. Une faveur obtenue au prix d’un ignoble chantage : en échange, Lohse demanda à Cailleux la liste des tableaux que des antiquaires juifs avaient confiés à leurs collègues aryens. 

Selon Christian Michel, professeur d’Histoire de l’art à Lausanne et à l’université de Nanterre, arrière petit-fils de Marguerite et Paul Cailleux, ce dernier n’aurait pas donné la liste réclamée. D’autres marchands parisiens n’ont pas eu le même scrupule, comme l'antiquaire véreux Yves Perdoux et le comte de Lestang qui révéleront aux allemands les caches de la collection de Paul Rosenberg, moyennant une commission de dix pour cent en tableaux, sur la valeur totale estimée de la collection. (1) 


Les accusations de Léonce Rosenberg


Hector Feliciano, dans son livre « Le musée disparu », enquête magistrale sur le pillage des oeuvres d’art par les nazis, pense au contraire que Paul Cailleux a cédé aux exigences du Commissariat général aux questions juives (CGQJ). Mais, il n’apporte pas de véritable preuve. Il se contente de citer Léonce Rosenberg, le frère de Paul, qui affirmait dans une lettre du 22 février 1945, adressée à la Commission de Récupération Artistique, qu’après le refus du Syndicat des éditeurs d’art et négociants en tableaux modernes de désigner des membres de son syndicat pour administrer des galeries juives « aryanisées », le CGQJ demanda « à Paul Cailleux qui a accepté ce sale travail ».

Et la lettre accusatoire précisait non sans rancune : « Il a immédiatement convoqué le ban et l’arrière-ban de l’Association des Antiquaires, dont il était le président. Il leur a fait croire qu’ils toucheraient une commission sur la liquidation des galeries juives. Beaucoup ont accepté ce rôle de vautours (…) On a alors assisté à une situation très étrange : des galeries d’art moderne liquidées par des marchands d’antiquités, et le propre comptable de Cailleux, qui avait la charge de nommer les administrateurs provisoires, désigné lui-même comme administrateur des galeries Josse Hessel, Bernheim-Jeune et Wildenstein ! » (2)

Feliciano rajouta un couplet à charge pour Paul Cailleux en citant l’enquête de journalistes de L’Express, parue en 1995, sur les oeuvres d’art emportées en Russie par l’Armée Rouge. Il est révélé qu’une nature morte du peintre du 18e siècle François Desportes, exposée au musée Pouchkine à Moscou, figure dans le répertoire des biens spoliés en France comme ayant appartenu à Paul Cailleux. Or, le tableau a été vendu le 16 juillet 1941 par Cailleux au musée de Dusseldörf. « Cailleux aurait ainsi déclaré avoir été spolié d’un tableau pour lequel un musée allemand lui avait déjà versé une importante somme d’argent ». (3) 


Marguerite, orpheline à 9 ans


Bien malgré elle, Marguerite Cailleux se retrouva au coeur des tractations marchandes et des rivalités professionnelles de son mari.

Christian Michel avait 14 ans à la mort de son arrière grand-mère. Tous les jeudis, il allait déjeuner avec elle dans son appartement, au deuxième étage de la galerie. Elle ne lui a jamais parlé de Drancy ni de son arrestation : « Elle avait souffert comme française et non comme juive de la défaite de 1940. Elle exigea que soient fermés les volets de la maison où sa famille s’était trouvée pendant l’exode, lors de l’arrivée des troupes allemandes, ne voulant pas qu’il y ait de spectateurs aux fenêtres pour ce signe de la défaite. »

« Sa famille n’avait aucune affinité religieuse, son frère survivant était franc-maçon. En 1910, elle épousa un jeune marchand qui avait deux ans de moins qu’elle, catholique. Il n’y avait pas de rabbin à son enterrement ni de récitation du Kadisch. Cela n’en fait guère une figure juive ! »


Marguerite n’a pas eu une enfance très heureuse. Ses parents meurent accidentellement lorsqu’elle avait 9 ans. Son père Samuel Serf, horloger, avait 51 ans et sa mère Anna Esther Bloch, 36 ans. Elle sera élevée avec ses frères Marc et André, par leur grand-mère maternelle Pauline Ulmann qui meurt à son tour lorsque Marguerite a 17 ans. Son mariage avec Paul Cailleux chassera les nuages avec la naissance de ses deux enfants Jean, en 1913, et Denise, en 1917.


Dans la galerie du 136, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paul travaillait avec son fils Jean, diplômé de l’Institut d’art et d’archéologie, ancien élève de l’Ecole du Louvre. 

Leurs expositions attiraient le tout-Paris des amateurs d’art et des collectionneurs mais les persécutions antisémites viendront compliquer la vie de la famille. 

Hector Feliciano note que « à l’instar de bon nombre de ses confrères, Cailleux réalise des affaires juteuses avec les Allemands, tout au long de l’Occupation ». (4) 

« La réputation de la galerie parisienne est telle que de nombreux officiers supérieurs de la Wehrmacht ainsi que des hauts fonctionnaires du Reich viennent y chercher des pièces pour décorer leurs bureaux ».

Au total, une soixantaine de transactions selon le rapport de l’armée britannique établi à partir des documents comptables de la compagnie allemande Schenker, spécialisée dans le transport d’oeuvres d’art.


La famille cachée dans le Poitou


Début décembre 1943, un an après l’épisode de l’arrestation de Marguerite, craignant une éventuelle aryanisation de la galerie du fait des origines de sa mère, Jean Cailleux, son épouse Daria Kamenka, née à Saint-Pétersbourg, et leurs enfants Marianne, Catherine et Olivier, alors âgés de 7 ans et demi, 5 et 3 ans, se réfugient dans les Deux-Sèvres par l’intermédiaire du pasteur Yan Roullet qui sera arrêté plus tard pour faits de résistance. Ils seront accueillis chez les Simon, une famille du petit village de Thorigné. 

Daria effectuait des traductions pour les protestants, majoritaires dans le pays Mellois. Dans les années soixante, sous le nom de Daria Olivier, madame Cailleux publiera plusieurs romans historiques consacrés à sa Russie natale. (5)

Néanmoins, Jean Cailleux ira témoigner devant le tribunal militaire de Paris, au procès de l’ERR (Einsatzsab Reichsleiter Rosenberg). « C'est lors du procès de Lohse que mon père a témoigné en sa faveur. Dans l’article déjà ancien de la revue L'Oeil, « Dans les ténèbres du Docteur Lohse », on explique que Lohse, sentant probablement le vent tourner, s'était vanté d'avoir fait libérer ma grand mère » souligne Sylvie Delbecq, la fille cadette de Jean Cailleux, née en 1944, petite-fille de Paul. (6)


En 1960, lors des noces d’or de Marguerite 
et Paul Cailleux, mariés le 1er octobre 1910. 
Avec leur beau-frère André Serf (1889-1969) 
et belle-soeur Marcelle (1899-1967) photo Geneanet


Après guerre, la maison Cailleux préféra tourner la page et oublier ce passé encombrant.
Lohse, capturé en Allemagne par les Alliés, et cinq autres inculpés allemands comparaîtront pour pillage d’oeuvres d’art. 

Le 3 août 1950, le verdict tombe après seulement deux jours d’audience. Lohse est acquitté et libéré aussitôt, après un peu plus de cinq années de détention.

Une performance due à son avocat, le ténor du barreau, Me Albert Naud, résistant, défenseur de nombreux collaborateurs, dont Adrien Marquet, ministre de Pétain, et l’écrivain Louis-Ferdinand Céline. 


Sujets tabous…


À la mort de son père en 1964, Jean Cailleux reprend la galerie jusqu’en 1984, secondé par sa soeur Denise Cailleux-Mégret, et à partir de 1960 par sa fille Marianne (1936-2004), diplômée en histoire de l’art. Il décède  à 96 ans en 2009.

Sylvie Delbecq explique que « ces sujets étaient tabous pendant mon enfance et ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai appris tout cela et ce qu’il y avait autour. Les histoires de pillage des oeuvres d’Art et le rôle de mon grand-père m’ont été révélés par le livre d’Hector Feliciano. Tombant des nues, j’ai interrogé mon père à ce sujet, mais il a répondu de façon évasive. La seule chose que je savais était que ma grand mère avait été sauvée par un allemand. »


De retour dans le commerce d’oeuvres d’art à Munich, Lohse offrira des chefs-d'œuvres à des musées américains... L’historien Jean-Marc Dreyfus indique qu’en 1969, Lohse sera l’un des experts pour la vente d’un tableau de Rubens et Brueghel, « Diane et ses nymphes s’apprêtant à partir pour la chasse ». Un tableau déjà vendu en 1940 à Goering…(7) 

À sa mort, en mars 2007, des dizaines de peintures impressionnistes seront retrouvées dans une pièce blindée d’une banque de Zurich, cachées pour la mystérieuse fondation Schönart, installée en 1978 par Lohse au Liechtenstein. Notamment « La Baie de Moulin Huet, à Guernesey » peinte vers 1883 par Auguste Renoir, « Vétheuil avec Seine en hiver » de Claude Monet, spolié en 1941, et « Le Quai Malaquais, Printemps 1903 » de Camille Pissaro, volé par la Gestapo à l'éditeur berlinois Fischer, qui sera rendu à Gisela Bermann Fischer, l’héritière de la famille.


Dans l’ombre de son mari, Marguerite Cailleux aura eu bien du mal à exister : « C’était une femme assez effacée avec un mari assez dominateur » se souvient Sylvie Delbecq.

«  C'était fascinant de la voir si menue, dans le grand appartement du 136 

faubourg Saint Honoré, rempli à ras bord de merveilles… et parfaitement 

à sa place, couverte de très beaux bijoux, mais sans ostentation ».

Après guerre, Paul ne sera pas inquiété à la différence de deux confrères marchands, collaborateurs zélés, mais blanchis par l’épuration. Le premier, Jean-François Lefranc, sera condamné en 1946 pour intelligence avec l’ennemi. Outre la livraison à la Gestapo des 333 tableaux de la collection d’Adolphe Schloss, il confisqua 93 tableaux appartenant à Simon Bauer, parmi lesquels « La cueillette » de Pissarro, qu’il vendra en avril 1944. Après 75 ans de procédures, l’oeuvre sera restituée en 2020 aux héritiers Bauer. 

Le second, Martin Fabiani, assistant de Schoeller dans des ventes aux enchères, défendu par M° Floriot, sera condamné à une amende de cent quarante-six millions de francs.


En 1982, Marianne Roland Michel reprend la galerie familiale jusqu’en 1996, laissant la direction à sa cousine Emmanuelle de Köenigswarter, jusqu’à la fermeture de ce lieu historique en 2000. Son fils, Christian Michel, préférant poursuivre sa carrière universitaire, un nouveau propriétaire prend la suite : Patrice Bellanger, spécialisé dans la sculpture et la terre cuite. A la mort de ce dernier, en 2013, le galeriste Éric Coatelem, qui exerçait juste en face depuis 1986, renoue avec « l’esprit Cailleux ».

Depuis 2005, la Fondation Marianne et Roland Michel attribue chaque année le Prix Marianne Roland Michel en faveur des auteurs spécialisés dans le domaine de l'histoire de l'art et destiné à les aider à publier leurs ouvrages. 

Au gré des rares restitutions de tableaux spoliés qui font de temps en temps l’actualité, la galerie Cailleux garde précieusement ses secrets sur cette époque trouble qui s’efface peu à peu avec le temps. 


Thierry Noël-Guitelman


(1) Hector Feliciano, Le musée disparu (Gallimard 2010) p. 90-91 et témoignage de Christian Michel recueilli en septembre 2020.

(2) Ibid, p. 219-220. Lire aussi l'histoire d'un tableau de Fernand Léger réquisitionné par Göring.

(3) Ibid, p. 323-324

(4) Ibid, p. 207, 216 et annexe I, p. 361 à 370

(5) Jean Marie Pouplain : « Les enfants cachés de la résistance » (Geste éditions/témoignages 1998) p. 106 à 108.

(6) Témoignage recueilli en janvier 2019

(7) Jean-Marc Dreyfus : « 10 890 tableaux, 583 sculptures, 583 tapisseries, 2 477 pièces de mobiliers anciens, 5 825 pièces de porcelaine "Le procès de l’ERR et du pillage des œuvres d’art, Paris, 1950", Histoire@Politique, n° 35, mai-août 2018




https://histoire-image.org/fr/etudes/bruno-lohse-hermann-goering

mercredi 17 février 2021

Marcel Lattès, compositeur oublié (1886-1943)

Marcel Lattès est né à Nice le 11 décembre 1886. Compositeur talentueux d'opérettes, ses musiques ont fait les beaux jours du cinéma des années trente. Arrêté le 4 octobre 1943 à Paris, il sera déporté à Auschwitz où il meurt au lendemain de son 57e anniversaire. Retour sur la vie et l’oeuvre de ce musicien oublié.


Marcel Lattès (1886-1943) coll. particulière

Chez les Lattès, l'éclectisme et la diversité sont de rigueur. 

Le grand-père Moïse Lévi Lattès (1817-1908), musicien, venait de Marseille. Son épouse, Adèle Farcassin (1815-1881), était originaire de Tours.

Le couple aura deux fils : Lucien (1851-1932), et Emile-Eugène (1847-1934) sorti ingénieur de l'Ecole Centrale. Entre 1870 et 1880, la famille, installée à Nice, possédait le magasin « A la Ville de Paris », spécialisé dans les nouveautés et les tissus. 

Lucien se partagera entre Nice et Paris, où il ouvrira en 1902 un bureau de banquier-agent de change avenue de l'Opéra. 

Il présida des sociétés de préparation militaire de la Guerre de 14-18, ce qui lui vaudra la croix de Commandeur de la Légion d'honneur en 1924. 

Son épouse Jeanne Wormser (1861-1922), était née à Bischwiller en Alsace, fille d'un marchand de bestiaux et de draps. Ils se sont mariés à Elbeuf (Seine-Maritime) en 1881.

Deux fils naîtront à Nice, au 21 rue Gubernatis : Georges Lattès (1882-1969), qui deviendra avocat puis banquier et Marcel Moïse Lattès, en 1886. 

À 20 ans, doué pour la musique, élève de Louis Diémer et Charles-Marie Widor, Marcel décroche le premier prix de piano du Conservatoire de Paris et il obtient ses premiers succès en 1908, en signant des partitions de comédies musicales aux côtés du parolier-scénariste Albert Willemetz (1887-1964), considéré comme l'un des pères de l'opérette moderne.



Engagé volontaire pendant la guerre de 1914-18, croix de guerre, officier de la Légion d’honneur, il servira comme infirmier dans les ambulances russes du colonel Dimitri d'Osnobichine.

La Grande Guerre terminée, il retourne à la musique et écrit la partition de « Maggie », montée uniquement en Angleterre puis jouée en France en 1921, au théâtre Marigny, sous le titre de « Nelly ». 

À 41 ans, en 1927, la notoriété arrive enfin avec « Le Diable à Paris » co-écrit avec Willemetz. Cette opérette, avec Dranem, innove autour des rythmes basques de fandango, vingt ans avant Francis Lopez. 

En 1930, le succès est au rendez-vous de l’opérette policière « Arsène Lupin banquier », créée aux Bouffes Parisiens. Lattès est entouré par des valeurs sûres, Yves Mirande et Willemetz. René Koval et Jean Gabin en jeune premier comique, sont à l'affiche. Ce spectacle sera inspiré de l’oeuvre de l’oncle de Lattès, Maurice Leblanc (1864-1941), marié avec Marguerite Wormser, une soeur de sa mère.


Marcel Lattès (archives de la SACEM)




Dans l'encyclopédie multimédia

de la Comédie musicale :












En 1931, il signera toute la musique de la Revue des Nouveautés, et des chansons avec Henri Jeanson. 

Les musicologues qualifieront Lattès de « compositeur savant et subtil orchestrateur, qui possédait aussi un grand sens de la mélodie originale ».


Une quarantaine

de musiques de films


Face au déclin de la comédie musicale, Lattès sait rebondir en se lançant dans la musique de films de 1929 à 1941. On lui doit les musiques d'une trentaine de films musicaux.

Il signera la musique des premiers films de l’argentin Carlos Gardel (1890-1935) tournés en espagnol : La Casa es seria et Esperame en 1932, et Melodia de Arrabal en 1933. 

Au total, une quarantaine de partitions écrites pour les plus grands réalisateurs :

Mario Camerini Rails, 1930 

Roger Capellani Quand te tues-tu ?, 1931 et Avec l'assurance, 1932

Leo Mittler Les Nuits de Port-Saïd, 1931

Karl Anton Maquillage, avec Edwige Feuillère et Saint-Granier, 1932

Harry Lachman La couturière de Lunéville, 1932

Léo Mittler Les Nuits de Port-Saïd, 1932

Georg-Wilhelm Pabst Du haut en bas, avec Jean Gabin, 1933

René Guissart Je te confie ma femme, 1933, où Arletty interprète la chanson « Et le reste »), dans le film " Maquillage ", 1932, Primerose, 1934

Karl Anton Monsieur Albert, 1932, Matricule 33, 1933, La Cinquième Empreinte ou Lilas Blanc, 1935 

Augusto Genina Nous ne sommes plus des enfants, 1934

Louis Gasnier Esprame, 1933 (avec Carlos Gardel) Fedora, 1934 (avec Marie Bell), Iris perdue et retrouvée, 1934

Jean de Marguenat Adémaï au Moyen-Âge,1934

Abel Gance Lucrèce Borgia, 1935, avec Edwige Feuillère

Serge de Poligny Retour au paradis, 1935

Maurice Tourneur Avec le sourire, 1936, et la chanson Y’a du bonheur pour tout le monde, interprétée par Maurice Chevalier

André Berthomieu Le mort en fuite, 1936, avec Jules Berry et Michel Simon ; Le Secret de Polichinelle, 1936, avec Raimu et Françoise Rosay

Christian-Jaque A Venise, une nuit, 1937, avec Albert Préjean et Mouloudji

Pierre Colombier Une gueule en or, 1936, Balthazar, 1937, avec Jules Berry

Roger Richebé L'Habit vert, 1937

Jean Dréville Maman Colibri, 1937

Jean Choux Paix sur le Rhin, 1938

Marcel L'Herbier Entente cordiale, 1939, avec Gaby Morlay et Victor Francen

Il écrit aussi des musiques de chansons, comme Je t'attendrai en 1932, avec Saint-Granier.

En 1939, il débute l'écriture de la comédie musicale « Histoire d’humour », sur un livret de Léopold Marchand, avec Pierre Fresnay et Yvonne Printemps mais la déclaration de guerre enterre cette création...

Sa brillante carrière sera brisée et ses dernières musiques résonneront dans deux films sortis en avril 1940 : Sur le plancher des vaches de Pierre-Jean Ducis, avec Noël-Noël et Pauline Carton, puis  Elles étaient douze femmes de Georges Lacombe, interprété par Gaby Morlay, Françoise Rosay et Micheline Presle. 

Ses dernières notes seront pour Le feu de paille de Jean-Benoît Lévy (qui émigrera aux États-Unis pendant l'Occupation) d’après Henri Troyat, sorti en avril 1941, avec Orane Demazis.


Arrêté dans la « rafle des notables »


D’origine juive, Marcel Lattès sera arrêté le 12 décembre 1941 lors de la rafle dite "des 743 notables israélites", en représailles d'attentats anti-allemands. 

Détenu au camp de Compiègne-Royallieu, il y croisera René Blum, ancien directeur du Théâtre de Monte-Carlo et frère de Léon Blum, mais aussi Maurice Goudeket, le mari de l’écrivaine Colette.

Jean-Jacques Bernard, romancier et dramaturge (fils de Tristan Bernard), relatera après guerre sa détention dans «  Le Camp de la mort lente » : «  Le compositeur Marcel Lattès arriva les mains dans ses poches, sans valise, sans couverture, souriant, persuadé et répétant à chacun que cette histoire était cocasse et que nous serions sûrement libérés avant vingt-quatre heures. »

En mars, Lattès est transféré à Drancy. Affecté au service chargé de la confection de matelas, il sera libéré au printemps 1942 grâce aux démarches de son frère Georges et de Sacha Guitry.


L'exemption d'étoile jaune de Marcel Lattès (CDJC XXVa-185)
Il obtiendra une exemption provisoire du port de l’étoile jaune valable entre mai et septembre 1943 (1), qui lui permettra de retravailler et de courir moins de risques lorsqu’il sortait le soir, malgré le couvre-feu.

Un avantage certain obtenu en application du cadre dérogatoire de la 8e ordonnance allemande de mai 1942 imposant « l’insigne juif », grâce à son mariage mixte en 1923 avec Yvonne Colsy (1884-1952), une normande de religion catholique. 

Leur fils Jean, baptisé, ne sera donc pas considéré comme juif et Marcel Lattès sera également dispensé des interdictions prévues par le Second statut des Juifs (loi du 2 juin 1941) et pourra composer de la musique pour le cinéma et le théâtre.


Nouvelle arrestation 

en octobre 1943


Un court répit car le 4 octobre 1943, la police l'arrête à nouveau à son domicile, près de Pigalle. 

Motif : une dispute à la sortie du Fouquet’s aux Champs-Elysées, avec un officier allemand qui se serait mal comporté avec une femme (d’après le témoignage de la petite-fille de Marcel, la réalisatrice Variety Moszynski, décédée en 2010).

Dans un premier temps, il est envoyé au camp de travail d'Austerlitz, dans l'enceinte de la gare parisienne où les allemands entreposent des objets volés. Marcel partage son infortune avec le célèbre nageur Alfred Nakache, arrêté sur dénonciation à Toulouse fin décembre 1943.

« Ils font des signes de la main à leurs femmes à travers une fenêtre qui donne sur une ruelle où des proches viennent guetter un geste. Soudain le chef du camp, l'Allemand Korane, les surprend. D'un coup de crosse de revolver, il fracasse le crâne de Lattès et assomme Nakache. Pendant une heure, le premier a la tête en sang et le second est K.-O. » (2)

Après Austerlitz, retour à Drancy.

Cette fois, ses soutiens n’obtiendront rien.

Marcel Lattès sera du convoi n° 64 du 7 décembre 1943 pour Auschwitz, qui comptait 155 enfants. 

Parmi ses compagnons d’infortune se trouvaient Aaron Cyrulnik, le père du neuropsychiatre Boris Cyrulnik, et Raymond-Raoul Lambert (1894-1943), président de l’UGIF (Union Générale des Israélites de France), son épouse Simone et leurs quatre enfants, Lionel, 14 ans, Marc, 11 ans, Tony, 4 ans et Marie, 1 an.

Arrivés le 10 décembre, 267 hommes et 72 femmes seront sélectionnés pour les travaux forcés. Marcel Lattès meurt dans la chambre à gaz le 12 décembre, au lendemain de son 57e anniversaire.


Thierry Noël-Guitelman


(1) CDJC XXVa-185

(2) Pierre Assouline : "Le nageur", p.135 (Gallimard, 2023)













LES LATTÈS DE NICE


Après avoir été chassés du Languedoc, entre le XIVe et le XVIIe siècle, de nombreux « Juifs du Pape », réfugiés du Comtat-Venaissin, privés d’état-civil jusqu’à la Révolution, prendront des patronymes rappelant leur localité d’origine. 

Il en va ainsi des Lattes, ville au sud de Montpellier, pour beaucoup originaires du Piémont, installés à Nice. 
Rien d’étonnant si l'on trouver jusqu’à nos jours des Lattès parmi les notables juifs de la cité azuréenne : 

Abraham Moïse Alfred Lattès - surnommé Fred - (1908-1993) siègea au conseil municipal sur la liste de Jacques Médecin, de 1965 à 1977 où il était en charge de l'Opéra. 

Il a longtemps présidé la communauté juive niçoise et le consistoire régional. Avec son épouse Simone Sultana Abami (1912-1996), il repose au cimetière du Château, tout comme son père Joseph Lévy-Lattès (1867-1948). 

Son magasin "Lattès Tissus", installé 4-6 Descente Crotti, fondé par son grand-père en 1840, a été un phare incontournable du commerce local jusqu’à sa fermeture en 1999. Il était alors dirigé par Michèle Lattès, l'épouse de Gérard, l'un des trois fils Lattès. Son jumeau, Eric a opté pour la banque. 

L'aîné, Jean-Claude Lattès (1941-2018), est devenu un éditeur et romancier célèbre. (Remerciements à M. Serge-David Abihssira, administrateur du Consistoire israélite de Nice, chargé de mission pour la restauration et la conservation du cimetière du Château, pour ses précieuses indications sur les Lattès inhumés à Nice).


ÉVOCATION DE MARCEL LATTÈS par Benoît Duteurtre

 

Le critique musical Benoît Duteurtre a écrit de belles pages sur ces artistes dont la carrière s'est interrompue brusquement dans les années 1940.

Dans son livre "La mort de Fernand Ochsé" (Fayard, 2021), il revient sur la carrière de Marcel Lattès, consacrant tout un chapitre à la première de l'opérette "Le diable à Paris", le 27 octobre 1927, au Théâtre Marigny, avec quarante musiciens, trente danseurs et une fabuleuse succession de tableaux. 

" Le compositeur, Marcel Lattès, passait pour un des meilleurs de la jeune génération, protégé d'André Messager et de Reynaldo Hahn - les deux maîtres du genre. Mieux encore : le livret était dû aux rois du boulevard : Robert de Flers et Francis de Croisset, déjà auteurs du livret de Ciboulette en 1923. Sauf que Flers était mort avant d'achever son travail, si bien que les couplets avaient été achevés par Albert Willemetz, le champion de la revue et de la chanson". (p. 127)

Dans la distribution, des noms prestigieux : le chanteur Dranem, la comédienne Jeanne Cheirel, la chanteuse lyrique Edmée Favart, le jeune premier ténor Aimé Simon-Girard, l'acteur Raimu, les célèbres Dolly Sisters qui avaient réglé les ballets.

Pour cette première représentation, l'immense compositeur André Messager était présent, accompagné de sa fille Bibi et de son fiancé Jacques-Henri Lartigue.

"Si toutefois Messager sortait au théâtre, malgré son âge et ses ennuis de santé, c'était surtout pour applaudir son protégé, Marcel Lattès, un des rares jeunes compositeurs à conjuguer la science musicale et la fantaisie de l'opérette moderne" (p. 129)

Fernand Ochsé, Reynaldo Hahn, étaient présents ainsi que Maurice Leblanc, l'auteur d'Arsène Lupin, oncle de Marcel Lattès, par sa femme.

À l'entracte, "Lattès sembla enchanté de voir apparaître de si bon amis. Bibi avait applaudi ses premiers succès à Londres. Lartigue l'accompagnait parfois dans les stations balnéaires où le compositeur avait la fâcheuse habitude de dilapider ses droits d'auteur au baccara. Heureux de retrouver son complice en pleine gloire, le sémillant Lartigue s'exclama : - Merveilleux, plein d'esprit ! Avec ce que va te rapporter Le Diable à Paris, nous retournerons bientôt tenter le vrai diable...à Deauville !" (p. 134)

Après Le Diable à Paris, Lattès connaîtra un nouveau succès en 1930 avec Arsène Lupin banquier, une opérette policière adaptée des romans de Leblanc. "Puis il s'était consacré davantage à la musique de cinéma, tournant plusieurs films en espagnol avec Carlos Gardel, le génial chanteur de tangos. En 1935, Lattès avait retrouvé la scène des Bouffes-Parisiens dans Pour ton bonheur interprété par le jeune Albert Préjean, le subtil Koval et le délirant Saturnin Fabre ; mais le succès n'avait pas suivi et Marcel était retourné vers les plateaux où il avait continué à mettre en musique la joie de vivre à la française : dans Avec le sourire de Maurice Tourneur joué par Maurice Chevalier en 1936 ; puis dans L'Habit vert de Roger Richebé interprété par Elvire Popesco en 1937. Pas plus qu'Ochs ou Oberfeld, il n'avait réellement senti la menace. C'est alors que les armées du Reich avaient lancé leur offensive éclair, le 10 mai 1940"... (p.220-221)

B. Duteurtre (p. 236-237) revient sur la rafle des notables fin 1941 où Lattès bénéficiera de solidarités : "Des lettres collectées par son frère louent son irréprochable patriotisme. L'intervention de Sacha Guitry, qui entretient des relations privilégiées avec l'ambassade allemande, va faciliter sa libération. Mieux encore, Lattès obtient une exemption provisoire de porter l'étoile jaune" (...) Lattès, pourtant, oublie qu'il reste en danger, et son tempérament fantasque le pousse à commettre une erreur fatale. Au lieu de rester discret, il fréquente les cafés, notamment le Fouquet's où, selon les témoignages, il interpelle un officier allemand qui se serait mal comporté envers une femme... ". Suivra son interpellation, et sa déportation.

Tous les trésors des comédies musicales parisiennes de l'entre-deux-guerres sont à retrouver sur le site de Jacques Gana. D'autres trésors reposent dans les archives de la Radiodiffusion française conservés par l'INA, le service lyrique de l'ORTF ayant été démantelé en 1975.

Le Diable à Paris a été enregistré en 1957 par la RTF.

LISTE DES OEUVRES LYRIQUES 

  • 1908 : Fraisidis, opérette en un acte, livret de Jacques Redelsperger, création au théâtre de la Comédie Royale
  • 1910 : Athanais, « légende mimo-lyrique » en un acte, livret de Jean Civieu (création à l'opéra de Monte-Carlo ; reprise la même année à l'Opéra-Comique)
  •  : La Cour Mauresque, fantaisie en deux actes, livret de Fernand Nozière, théâtre du comte Robert de Clermont-Tonnerre à Maisons-Laffitte, 1912.
  • 1913 : Il était une bergère, « conte mélodique » en un acte, livret d'André Rivoire (création à l'Opéra-Comique, où il est donné 52 fois)
  • Les Dandys ou La Jeunesse dorée, livret de Henri Verne et Gabriel Faure, avec André Lefaur (théâtre de l'Apollo)
  • 1919 : Maggie, lyrics de Jacques Bousquet, livret de Guy Bourrée, adaptation en anglais par Fred Thompson (création en anglais à Londres, Oxford Theatre ; opérette non-représentée en France)
  • 1921 : Nelly, nouvelle version de Maggie pré-citée, lyrics de Jacques Bousquet, livret de Henri Falk, avec Denise Grey, Félix Oudart (théâtre de la Gaîté-Lyrique)
  • 1922 : Monsieur l'Amour, livret de René Peter et Henri Falk (théâtre Mogador)
  • 1927 : Le Diable à Paris, lyrics d'Albert Willemetz, livret de Robert de Flers et Francis de Croisset, avec Dranem, Raimu, Aimé Simon-Girard (théâtre Marigny)
  • 1930 : Arsène Lupin banquier, « opérette policière » en trois actes d'après Maurice Leblanc, lyrics d'Albert Willemetz, livret d'Yves Mirande, avec René Koval, Louis Blanche (également metteur en scène), Jean Gabin, Jacqueline Francell, Meg Lemonnier, Lucien Baroux, Paul Faivre (théâtre des Bouffes-Parisiens ; reprise par la Compagnie Les Brigands au théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet en 2007-2008)
  • 1932 : Xantho chez les courtisanes, livret de Jacques Richepin, avec André Alerme, Arletty (théâtre des Nouveautés)
  • 1935 : Pour ton bonheur, lyrics d'Albert Willemetz, livret de Léopold Marchand, avec Albert Préjean, Saturnin Fabre, René Koval, Jeanne Fusier-Gir, René Dary (théâtre des Bouffes-Parisiens)